Portraits Pasteure et aumônière aux armées


Isabelle Maurel est pasteure et officie aux services des armées, souvent sur le terrain. Une vocation et un métier qu’elle tente de concilier avec sa vie familiale. Témoignage.

« Vous pouvez m’appeler madame la pasteure », annonce-t-elle avec un large sourire, ajoutant rapidement : « Mais je préfère Isabelle. » Difficile, à première vue, d’imaginer que cette femme en treillis appartient à l’ordre des aumôniers militaires. Cela fait pourtant douze ans qu’Isabelle Maurel officie au sein des armées. Ses vocations, religieuse et militaire, ne lui sont pas venues simultanément. La première lui arrive très tôt. L’éducation protestante familiale va la conduire à suivre des études de théologie. Elle obtient une maîtrise et parfait sa formation par des enseignements sur l’écoute de l’autre et sur la psychologie. Elle choisit ensuite de vivre sa foi en paroisse. « C’était pour moi comme une évidence, je voulais communiquer le dieu auquel je croyais. » C’est ainsi qu’elle participe à l’enseignement religieux des enfants et qu’elle intervient en milieu hospitalier.

Au bout de neuf années, Isabelle réfléchit à de nouveaux horizons vers lesquels poursuivre son parcours religieux. Sur les conseils de proches, elle s’intéresse au monde militaire et se retrouve devant une commission d’embauche pour devenir aumônière. « J’avais accouché quinze jours avant. Je me suis présentée avec mon bébé. Je voulais montrer que j’étais femme, croyante et mère de famille, et que cela n’était pas cloisonné. » Convaincus, ses recruteurs acceptent de lui ouvrir les portes du monde militaire. Sa première affectation la conduit dans les hôpitaux militaires de Paris. Tout de suite, le contact s’établit avec les militaires qu’elle rencontre. Les chefs de service lui laisseront un grand accès aux patients. Avec des cas difficiles, comme ce jeune militaire de 27 ans atteint d’un cancer incurable. « Il était dans le déni de ce que lui annonçaient des médecins. Je l’ai accompagné, par l’écoute et la parole. Dans ces moments, tout peut se dire, tout peut s’entendre. »

Après cette expérience hospitalière, elle est mutée à Toulouse, à la base aérienne 101. Vient alors le temps des missions à l’étranger. La première se déroule en Macédoine pour le Noël de 2003. « Cela n’a pas été facile, car je devais laisser les enfants et mon mari, qui heureusement est génial et assure quand je suis absente. » Elle connaît le baptême du feu pour sa première sortie sur le terrain. « J’ai été surprise par la capacité des soldats à se mettre rapidement et brutalement en action et à revenir à une phase sereine dès le coup de feu passé. » Les missions sur des théâtres d’opérations vont ensuite se multiplier : le Tchad en 2004 et 2005, le Liban en 2006 et le Kosovo en 2007.

Mais l’expérience qui marquera sa vie de « soldat » est certainement celle vécue pendant son séjour en Afghanistan en 2008. « J’étais sur le territoire Afghan pendant l’embuscade de la vallée d’Uzbeen. J’ai passé la nuit à l’hôpital avec les blessés. Ils avaient un grand besoin de raconter ce qu’ils avaient vécu. Certains m’ont demandé de prier avec eux, d’autres de prier pour eux, toutes religions confondues. Nous étions tous marqués par la douleur, physique ou morale. » Elle reconnaît avoir été transformée par cette expérience. Elle a aussi, à cette occasion, été impressionnée par l’esprit de fraternité qui régnait parmi les militaires, tous grades confondus. Ce qu’eux-mêmes désignent par fraternité d’armes.

Le retour de cette mission s’est révélé pour Isabelle Maurel très perturbant. « On est en plein déphasage par rapport à ce que vos proches ont vécu, il est très difficile de raconter de tels évènements. » Pourtant, le retour est un moment très important pour cette mère de famille, car elle décrit cette absence loin de ses enfants comme une période perdue. « Au retour, il faut donc être complètement présent pour ses enfants. »

On sent chez cette femme quelque chose du « don » pour aller vers l’autre. Chose qui ne va pas de soi dans un milieu professionnel à forte majorité masculine. Selon elle, cela s’explique par son approche de l’autre : « Lorsque j’échange avec l’autre je n’impose rien, je ne parle pas de ma croyance comme de la vérité, mais comme ma vérité. »

* Le 18 août, les militaires français tombent dans une embuscade en Afghanistan. Dix d’entre eux y trouvent la mort et de nombreux autres sont blessés.

Olivier Destefanis – ÉGALITÉ