Retraites Dédé Pottier, 67 ans, agricultrice en Dordogne, mère de sept enfants, retraitée

Dédé est une femme de 67 ans, triste et fatiguée. La vie n’a jamais été facile pour elle. Elle a arrêté ses études au certificat d’études, a suivi une école ménagère puis a travaillé dans l’exploitation de ses parents dès l’âge de 16 ans. À cette époque, vers 1950, on travaillait encore la terre en attelant les bœufs à une charrue.

Puis, à 21 ans, Dédé a épousé Gérard, maire de leur village pendant trente-sept ans, un homme jovial, qui prend beaucoup de place. Elle dit souvent, « c’est Gérard qui sait ».

Elle a partagé également sa vie avec ses beaux-parents, un beau père « pas facile » et une belle-mère qui n’en faisait qu’à sa tête. « Il ne faut surtout pas vivre avec d’autres générations » recommande-t-elle.

Elle résume sa vie : « Il fallait être dedans, dehors, partout. Il fallait aider à la ferme, au tabac, à la traite des vaches, avant qu’elle ne soit automatisée. Depuis cinq ans, j’ai arrêté le travail au dehors, je ne peux plus, j’ai plein de rhumatismes. Je suis à l’intérieur maintenant, je fais ce que je peux. ». Elle ajoute, résignée : «Avant, j’avais une aide ménagère, mais mon mari a trouvé que c’était trop cher et on ne l’a plus ».

Dédé a eu sept enfants (dont une fille morte très jeune d’un cancer). Les congés maternité, elle ne sait pas ce que c’est. « Au bout de cinq jours, je revenais. La grand-mère n’étant pas une femme de dedans, mais une femme de dehors, elle ne gardait les enfants que lorsqu’on ne pouvait pas faire autrement ».

Elle n’a jamais pu « se payer des toilettes », elle aurait aimé, mais son mari n’a jamais voulu,et c’est lui qui gère toutes les dépenses du ménage.

Quarante-quatre ans de travail pénible pour une retraite de misère

Jusqu’à 45 ans, Dédé a eu le statut d’aide familiale (1). Non déclarée, elle bénéficiait alors de la couverture sociale de son mari. Lorsqu’un de ses fils et son mari ont créé un GAEC (2) en 1987, elle a enfin pu accéder au statut d’exploitante agricole. Cela a duré onze ans, jusqu’à ce que son mari prenne sa pré-retraite, la loi l’obligeant alors à renoncer à son statut. Elle est donc redevenue « épouse de… »

Bien qu’ayant travaillé quarante-quatre ans, elle n’est reconnue comme salariée que pendant une période de onze ans. Elle tout de même obtenu une bonification de retraite, à cause de ses sept enfants, correspondant à douze ans de salaire.

Depuis sept ans à la retraite, si l’on peut parler de retraite pour une agricultrice, Dédé touche une somme dérisoire au regard de l’énorme travail qu’elle a fourni à la ferme tout en élevant sept enfants. À eux deux, elle et son mari touchent une retraite de 1800 € par mois.

Dédé soupire souvent : « La vie n’est pas gaie ici ».

Caroline Flepp ÉGALITÉ

1. Le député PS de Dordogne, Germinal Peiro, a présenté début 2010 une proposition de loi permettant aux conjoints de chefs d’exploitations et d’entreprises agricoles, ainsi qu’aux aides familiaux, d’être affiliés au Régime Complémentaire Obligatoire (RCO) des exploitants pour lesquels ils travaillent. Une mesure qui aurait touché principalement les épouses d’exploitants, dont la plupart travaillent sans être déclarées, si la loi n’avait pas été rejetée par 271 voix contre 241.

2. GAEC : Groupement agricole d’exploitation en commun

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