Chroniques Le habits neufs de Ninjette

Quelques années plus tard, la minus a décidé qu’elle était un chevalier-ninja-sorcière (c’est vrai, pourquoi choisir ?) Parce que c’est plus rigolo, que cela permet de jouer avec les grands à la maternelle, d’attaquer ses grands frères à coups d’épée et de détruire les monstres en alternant balais ensorcelés et karaté. Et elle s’habille en fonction, évidemment : pantalons et robes ayant passé le redouté Ninjette-test. Soit, pour ceux qui n’auraient pas été des témoins horrifiés de la chose un jour où nous faisions des courses, des robes permettant de sauter à cloche-pied et à pieds joints, de courir, de grimper, de donner des coups de pied et de danser le fameux solo « les Zoulous à l’opéra ». Bref, du pratique, du solide et du joli.

Or, mariage dans la famille, soyons chic, robe neuve. Si sa mission est « sois chic », la Ninjette va la remplir. Elle jette son dévolu sur une robe blanche, avec sur-robe en tulle, pas moche au demeurant, et un chapeau assorti. Très chic, effectivement. Voire petite fille modèle version contemporaine – qui a dit « tromperie sur la marchandise » ?

Ninjette se contemple dans la glace et se prononce : « Ça, c’est une robe de princesse. »

Moi (en état d’alerte féministe après toutes les robes rose bonbon à paillettes sur les volants que nous avons vues) : « De princesse ? Ah oui ? [réagissons, réagissons ou nous sombrons] Et, heu, les princesses, ça fait quoi [pas d’essentialisme les gars, soyons dans l’action] ? »

Ninjette, se pâmant parfaitement et portant la main à son front : « Les princesses, ça fait  » oh! mon prince vient me sauver « … »

Moi [panique panique, oui c’est ça, les nouilles de princesses ne savent faire que ça, que va devenir ma fille, attends c’est de Ninjette qu’on parle, essayons encore un truc] : « Heu, et toi, s’il y a des méchants qui t’en veulent, tu fais quoi ? »

Ninjette : « Ben, je prends mon épée et je les tue, pourquoi ? »

[OUF]

….

Ninjette : « Parce que tu comprends, moi, je suis une princesse qui attaque. »

Myriam Houssay-Holzschuch

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