Foot au féminin Les filles et le foot : la relève

Les tribulations pathétiques de l’équipe de France en coupe du monde indiquent qu’une relève est plus que nécessaire. Pourquoi pas du côté des filles ? La Fédération française de foot s’y intéresse de près et a chargé Guy Ferrier, un entraîneur national, de développer le foot féminin. Une tâche de longue haleine ?

Guy Ferrier, quel est votre rôle au sein de la FFF ?

Je suis en charge du développement du football féminin à la Direction technique nationale de la Fédération française de foot depuis un an. Gérard Houllier, alors directeur technique national du football français à la Fédération française de foot, a décidé de développer le foot féminin et m’a demandé de prendre ce poste. Me l’avoir proposé, à moi qui suis entraîneur national, est le signe de l’intérêt que porte la FFF au foot féminin. Je trouve ce travail très valorisant, c’est un challenge important.

Quelle est la situation du football féminin aujourd’hui ?

Depuis quarante ans qu’il existe, le foot féminin est isolé, marginalisé. Personne n’était contre, mais personne ne l’a aidé. On l’avait abandonné. Aujourd’hui, nous partons de rien. Le défi est de transformer le football féminin en une vraie pratique sportive. Un des objectifs est, à moyen terme, de faire disparaître la mixité dans les équipes car celle-ci a été un frein plus qu’autre chose. Jusqu’à présent, il n’existait pas de championnat féminin, ce qui obligeait les jeunes filles, soit à jouer avec des garçons, soit avec des seniors. Les responsables des clubs n’ont jamais voulu s’occuper des jeunes filles, il n’y avait pas de formation. Le football féminin vivait en vase clos. Il est nécessaire de changer les habitudes. Nous sommes dans une année de transition, une année du changement pour le foot féminin. Nous ne sommes plus à l’époque des joueuses camionneuses, maintenant les filles sont belles. Le foot féminin est devenu beau, esthétique.

Qu’avez-vous déjà réalisé ?

J’ai fait la tournée des districts et des ligues pour sensibiliser mes collègues, mais je sais que cela prendra du temps. La D3 a été supprimée. Nous mettons en place des conditions adaptées qui ne soient pas copiées sur le football masculin.

Sandrine Roux, qui a été pendant dix-sept ans gardienne de l’équipe de France, travaille sur le suivi social des joueuses. Des aides financières ont été débloquées afin de leur permettre de suivre les entraînements parallèlement à leurs études. Nous allons créer des championnats de jeunes filles : elles vont ainsi pouvoir jouer entre elles. Mais beaucoup de filles vont vouloir continuer à jouer avec les garçons, parce qu’elles pensent que c’est plus valorisant. Nous avons aussi organisé une fête pour célébrer l’anniversaire du foot féminin. 40 ans ! 4 000 personnes y ont participé. (http://www.50-50magazine.fr/_?p=1505 ). Je veux aller vite, l’engouement pour le foot en général doit être utilisé pour promouvoir le foot féminin.

Peut-on imaginer la professionnalisation du foot féminin ?

La professionnalisation signifie beaucoup d’argent, des millions d’euros, et pour le moment, ce foot n’en rapporte pas. Et la qualité du jeu n’est pas encore là. Les télés disent que les compétitions féminines ne les intéressent pas. La professionnalisation n’est donc pas envisageable pour le moment. Beaucoup de choses restent à faire, telles que travailler sur la place des femmes dans les clubs afin qu’elles occupent également des postes décisionnels. Il n’y aucune femme présidente de Ligue et seulement une femme vice-présidente, en Alsace. Ce n’est pas normal.

Quelles ont été les réactions de vos collègues aux changements que vous voulez opérer ?

L’étonnement. En fait, certains nous accusent de tuer le foot féminin ; d’autres pensent que ce que nous faisons est très bien. Mais les réticences sont encore trop nombreuses. Ainsi, les présidents des districts refusent de mettre en œuvre des actions spécifiques pour les filles. Il s’agit d’une véritable discrimination. Il ne faut rien lâcher ! Il faut les convaincre, ces hommes de Cro-Magnon qui, parfois, sont de bons amis (rires). On n’a pas le droit de refuser aux filles le plaisir de jouer. J’engueule ceux qui ne font pas assez pour elles. Mais je suis confiant, les jeunes filles vont jouer de plus en plus. Cela se passe ainsi partout dans le monde. Il faut que le foot se conjugue au féminin. Il n’a pas été créé pour les hommes !

Propos recueillis par Caroline Flepp ÉGALITÉ

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