Chroniques La griffe de la panthère…

Ah, pour battre le pavé, il y a du monde en ce moment ! Et pour parler de la loi sur les retraites, ça se bouscule aux portillons des médias. Le combat collectif, c’est noble et généreux. Seulement, voilà, ça n’arrange pas du tout mes affaires.

La mise à la retraite obligatoire de mes ovaires, alors que je n’avais pas vu filer mes annuités, personne n’en parle. Et pourtant, les conséquences ne sont pas négligeables : dessèchement de la peau, bouffées de chaleur, vue qui baisse, irritabilité, libido en berne, prise de poids, cheveu triste… Je vivais en toute tranquillité sur le credo syndical que l’on ne revient pas sur les avantages acquis. Après une adolescence ingrate, j’étais arrivée à un fonctionnement général plutôt satisfaisant. Une fois bien installée la cadence de mes menstrues, réglé le problème de l’acné et stabilisée la poussée mammaire, tout en moi était en état de marche : j’étais opérationnelle et efficace, sans nécessité d’adjuvant d’aucune sorte, désireuse de tout et désirée de tous.

Aujourd’hui, il me faut un cabinet groupé avec gynécologue à temps plein, dermatologue, sexologue, ophtalmologue, psychologue, et aussi coiffeur et designer spécialisé en mode quinqua-et-plus… Et une sécurité sociale solide pour me payer toutes les interventions impliquées par le dit changement car, c’est bien connu, faut pas vieillir, ou alors faut être riche… Si je pouvais faire remonter tout ce qui tombe, tirer tout ce qui plisse, réparer tout ce qui est panne et m’offrir une panoplie de crypto-vieille stylée (la vieille qui fait jeune sans voir l’air de s’accrocher), alors je pourrais peut-être envisager de m’associer au noble combat contre la loi sur les retraites… Mais pour l’instant, 62 ans, 65 ou 112, ça ne change rien pour mes ovaires. Ces deux traîtres ne m’ont pas donné de préavis et mes hormones se sont mises d’elles-mêmes au rancart sans se préoccuper des conséquences désastreuses sur le tissu local. Et ce n’est même pas une retraite par capitalisation d’estrogène ou par répartition de progestérone : juste une pure et simple dilapidation du capital ovaro-gynéco-temporel.

Il n’y a pas de problèmes, que des solutions. Mais il est des jours où, lorsque je fais un état des lieux général et un bilan détaillé de la situation, je n’entrevois guère que la solution finale !

Regroupez-moi et demain… Oui, demain sera peut-être un jour nouveau, et moi une femme nouvelle !

Danielle Michel-Chich

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