Société « J’encourage tous les pères à faire ce choix du congé parental »

François Fiard est une jeune homme de 39 ans, père d’un petit garçon de neuf mois. Chargé de mission dans une ONG de solidarité internationale, il vient juste de terminer un congé parental de quatre mois, qu’il a prolongé par deux mois de vacances et RTT.

Comment en êtes-vous arrivé à prendre cette décision ?

Je me suis dit que c’était le moment ou jamais, une occasion unique. Quand on a un enfant à mon âge, il faut en profiter. Et c’était aussi une opportunité pour avoir le temps de chercher un nouveau travail.

Précisons que j’ai pu prendre cette décision parce que j’avais des économies, qui nous ont permis de survivre. En effet, la prestation financière que l’on reçoit lorsque l’on a un seul enfant est de 552 € par mois ; elle ne permet donc pas de vivre. Et après six mois, cela s’arrête. Peu de couples peuvent s’offrir ce luxe.

Comment votre décision a-t-elle été perçue par votre entourage ?

L’étonnement primait, en général. Tout le monde me disait que c’était bien, je n’ai eu que des retours positifs, aucune réaction négative. J’ai senti quelquefois un peu d’envie de la part des femmes, mais moins de la part des hommes. Un directeur d’une ONG m’a même félicité : « Bravo François, c’est bien, tu es un précurseur ».  J’ai tendance à en rajouter : j’avais envie de le dire à tout le monde. Je suis assez fier d’avoir fait ce choix.

Est-ce que cela vous a rapproché des femmes ?

De nombreuses fois, je me suis senti à la place d’une femme. Un exemple : lors d’un entretien d’embauche, la DRH qui m’accueillait m’a demandé si je pensais avoir d’autres enfants et prendre d’autres congés parentaux. C’est plutôt une question que l’on pose aux femmes en général. J’ai compris alors ce que peut ressentir une femme qui travaille et a des enfants.

Comment se passaient vos journées ?

En fait, j’ai eu très peu de temps pour moi. Au début, je me disais que je pourrais faire de la photo, voir des copains, etc. Mais très vite le bilan de mes journées, c’était une lessive, quatre changements de couches et trois ou quatre repas (rires)

J’ai tout de même pu aller au musée avec mon fils, quand il était tout petit. Et je dois dire que j’ai fait alors mon petit effet, un père de famille en pleine semaine promenant son fils !  En remarquant les regards étonnés autour de moi, j’en ai conclu que c’était rare. Je suis allé également plusieurs fois à la bibliothèque, qui est juste en face de chez moi, pour assister à des séances de lecture pour les enfants. Il va sans dire que j’étais le seul homme de l’assistance.

Une anecdote qui démontre que cette situation est rare ?

Ma compagne avait bien évidemment signalé à la CAF qu’elle était en congé maternité. Je leur ai écrit, de mon côté, pour leur dire que je prenais un congé parental. Et puis je me suis aperçu que la CAF n’avait pas compris, les courriers concernant le congé parental étaient adressés à ma compagne.  Il a fallu les rappeler pour leur expliquer qu’ils s’étaient trompés. que c’était moi, l’homme, le père qui prenait ce congé. Manque d’habitude de leur part !

Quel bilan faites-vous de cette expérience ?

J’en tire un bilan plus que positif. Pour mon fils, je pense que c’est vraiment bien d’avoir été gardé par sa mère puis par son père. On verra dans quelques années ce que ça donne, mais j’espère que ça permet de construire des liens plus forts avec son enfant.

J’ai passé 90 % de mon temps avec mon fils, j’ai fait plein de choses avec lui, j’ai appris à le connaître. Je suis vraiment heureux d’avoir fait ce choix. Je ne regrette rien, j’ai juste eu un peu peur de reprendre le travail. Pas facile après un arrêt de plusieurs mois de s’y remettre. Mais j’encourage tous les pères à faire ce choix du congé parental.

Propos recueillis par Caroline Flepp – ÉGALITÉ

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