Portraits Michelle Bachelet : de la présidente modèle pour les Chiliennes à la direction de l’ONU Femmes.

Michelle Bachelet, l’ancienne présidente du Chili, a réussi à donner de la visibilité aux femmes dans la très machiste société chilienne. Maintenant qu’elle a été désignée à la tête de l’organisme qui luttera pour les droits des femmes dans le monde, nous revenons sur les raisons de son succès.

Une femme qui incarne la société chilienne des années 2000

L’histoire personnelle de Michelle Bachelet est traversée par la tragédie et la résilience : socialiste depuis sa jeunesse, elle a perdu son père, général dans l’aviation, torturé sous la dictature d’Augusto Pinochet. Elle-même et sa mère ont été prisonnières politiques dans des centres de torture. Elles ont ensuite pris le chemin de l’exil, d’abord en Australie et puis en Allemagne. À cette époque où le Chili respirait la peur, Michelle Bachelet a connu des trahisons au sein même de son entourage proche. Une fois de retour au pays, elle a poursuivi son travail pour le parti socialiste dans la clandestinité. Médecin, elle a aidé les enfants des victimes de la dictature. Militante disciplinée, elle n’a jamais cherché une place dans l’establishment politique qui détenait le pouvoir dans les gouvernements de la Concertacion (1).  Les Chiliens l’ont « découverte » lorsque l’ancien président Ricardo Lagos l’a désignée comme ministre de la Santé.  Par la suite, la   grande popularité de Michelle Bachelet et sa proximité avec les forces armées ont convaincu le président de la nommer à la tête du ministère de la Défense : c’était la première fois qu’une femme occupait un tel poste en Amérique Latine et c’était la première fois qu’un socialiste dirigeait les forces armées depuis l’époque de Salvador Allende. Pour le Chili post Pinochet, le symbole était fort.
Michelle Bachelet n’a jamais cherché à être candidate à la présidence de son pays, mais son nom s’est installé dans les sondages d’opinion quand elle est montée sur un wagon de l’Armée afin de surveiller l’aide que les militaires apportaient à la population lors des grandes tempêtes pendant l’hiver 2003. Les dirigeants des partis politiques de la Concertacion ont dû la désigner comme leur candidate. Pour la première fois, une femme, cheffe de foyer et mère de trois enfants de deux pères différents, séparée, et agnostique, a réussi à conquérir le poste le plus haut dans la hiérarchie d’un État d’Amérique Latine. Dans un pays conservateur comme le Chili, qu’une femme ayant ses caractéristiques soit élue présidente tient presque du miracle.

Nous étions toutes des reines dans le Chili de Michelle Bachelet

La soirée de l’élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili, l’Alameda, la principale avenue de Santiago, s’est peuplée de femmes venues de tous les quartiers et issues de différentes origines sociales. Des Chiliennes qui marchaient avec leurs petites filles à la main, toutes avec l’écharpe présidentielle sur leurs poitrines. Pour elles, Michelle Bachelet a réalisé le poème de Gabriela Mistral (2)  : Todas ibamos a ser reinas « Nous toutes allions être reines ». Sa popularité parmi les femmes n’a pas connu de frontières idéologiques ni de classes : depuis son élection, elle a toujours mobilisé sur la base d’une solidarité de genre. Ainsi, sa plus grande réussite a été de promouvoir un nouveau modèle de femme auprès des Chiliennes, qui n’avaient jamais eu la place qu’elles méritaient dans la sphère politique et publique. Il y a donc un avant et un après Michelle Bachelet.

Une présidente qui tient ses promesses envers les femmes

Comment Michelle Bachelet a-t-elle réussi à devenir un modèle pour les Chiliennes ? Tout simplement en faisant ce qu’elle avait déjà évoqué lors de sa campagne : un gouvernement paritaire (dix femmes, dix hommes, sachant qu’au Chili le président est aussi chef du gouvernement), des politiques publiques qui rendent possible l’égalité de sexes, en donnant au Sernam, le ministère du droit des femmes, une importance politique jamais vue auparavant, en politisant davantage le discours de genre et, notamment, en menant une lutte tenace contre les violences faites aux femmes. En d’autres termes, en investissant dans la cause féminine.

La résistance au leadership de Michelle Bachelet
Le gouvernement de Michelle Bachelet a souffert de l’opposition du monde politique au nouveau leadership qu’elle incarnait. Pendant son mandat, Michelle Bachelet a essayé de faire approuver une loi de quotas afin d’équilibrer la représentation des femmes au Parlement. Mais cette proposition de loi n’a jamais obtenu le soutien du Congrès, puisque en cas de quotas, une bonne partie des députés serait obligée de céder sa place pour permettre l’arrivée des femmes. Or, les Chiliennes n’ont jamais retiré leur soutien à leur présidente, même lors des problèmes politiques et sociaux que le gouvernement a affrontés dès le début.

Des acquis féministes
La présidente a réussi à gagner d’autres batailles politiques : la loi sur l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes ; la loi qui légalise la pilule du lendemain ; l’amélioration de l’accès au travail des femmes aux revenus faibles ; les politiques publiques envers les cheffes de foyer ; la prise en considération de la violence contre les femmes, action qui a conduit des organismes de l’État autonomes du gouvernement à prendre des mesures contre le phénomène ; et enfin, elle a réussi à imposer le terme femicidio (fémicide) dans le Code pénal, pour aider à faire prendre conscience de la violence spécifique contre les femmes.


Une nouvelle histoire

En mars 2010, Michelle Bachelet Jeria a quitté le palais de La Moneda, mais sa popularité reste intacte. Maintenant, à la tête d’ONU Femmes, on attend qu’elle donne un plus grand élan et une meilleure direction et organisation au travail que l’Organisation de Nations unies a déjà fait afin d’améliorer la vie des femmes dans le monde. La tâche n’est pas facile.

Myriam Paz Hernández ÉGALITÉ

1 Alliance de centre-gauche opposante à Augusto Pinochet qui a gouverné le pays de 1990 à 2010.

2 Cette Chilienne a été la première poétesse à obtenir le prix Nobel de littérature en 1947. C’était aussi la première fois qu’un(e) écrivain(e) de l’Amérique Latine a été récompensé avec tel prix.

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