Tribunes Petites réflexions politiques après 13 ans de mandats

Je suis la spécialiste de morceaux de mandats, ce qui montre, entre autres, que je ne me suis pas construit de carrière politique, il est vrai que j’ai commencé par hasard à 51 ans, sans même une carte de parti en poche. « Société civile », comme on dit, sollicitée en tant que présidente d’une association citoyenne lorsque que les élections municipales de 1995 ont été cassées à Annonay (Ardèche) par le Conseil d’Etat.

Typologie des élus côtoyés en dehors des sympathies et antipathies transcourants (!).

Les carriéristes, hommes et femmes, ceux du sérail qui ont souvent commencé comme assistants parlementaires et ont su se placer dans le parti – socialiste – puisque c’est celui que je connais. Je suppose que c’est pareil ailleurs. Certains travaillent bien, d’autres travaillent à d’autres ambitions et, très (trop ?) souvent, délèguent faute de temps. Et ça, c’est vite dangereux. C’est aux élus de prendre les décisions et non aux collaborateurs et fonctionnaires, aussi excellents soient-ils.
J’ai adhéré au parti socialiste en 2000 pour, entre autres, essayer de participer aux choix des candidats aux élections. La candidature à la candidature, ouverte à tous en théorie, est noyautée. Les « grands élus » verrouillent le système et les « informés » s’ assurent les appuis locaux, départementaux et nationaux souvent deux ans avant l’élection visée. J’en ai fait l’expérience, on peut avoir dépassé la soixantaine et être naïve.
En 2006, pour les législatives, en 2010 pour les régionales où au second tour je suis passée en position non éligible pour un tas d’excellentes raisons, malgré les promesses faites aux militants qui avaient plébiscité ma candidature. Pour les femmes, la prime au sortant ne semble pas fonctionner aussi bien que pour les hommes et nous subissons plus souvent que ces derniers la discrimination « casting » : jeunesse, renouvellement. Mais ne soyons pas paranos. Une chose est sûre : en politique, comme dans l’entreprise, il ne faut pas croire que bien travailler, s’impliquer suffit à être repérée. Le syndrome de la bonne élève est à bannir. Si bien travailler est une condition nécessaire pour être reconnue par les citoyens, elle n’est pas suffisante pour être reconnue par les instances politiques !

Les élus « conjoncturels », comme moi, appelés au moment où on a besoin d’eux. Certains font de bons élus, impliqués, sérieux, d’autres papillonnent et souvent s’arrêtent en route surtout dans les mandats municipaux. Là, pour les hommes et les femmes même topo. Même si pour les femmes, dans notre pays où les tâches familiales restent peu partagées dans le couple, les rythmes de la vie politique sont plus contraignants. Représentations le soir et le week-end, réunions souvent mal gérées qui s’étirent, surtout si les femmes sont minoritaires.
Il conviendrait d’imposer des compensations financières pour gardes d’enfants pour les femmes comme pour les jeunes pères, d’annoncer les réunions avec une heure de début et de fin (ma méthode) pour une meilleure gestion des agendas personnels, et de ne plus avoir à supporter des cumulards à l’agenda terrible qu’ils imposent aux autres tout comme les modifications incessantes de plannings et les retards que leurs lourdes tâches autorisent ! De plus, rien ne m’agace plus que les élu-e-s plongé-e-s pendant des réunions dans leur Blackberry ou répondant aux appels sur leurs portables.
Moi, j’aime et j’estime les élus ponctuels, attentifs à leurs électeurs, connaissant leurs dossiers et leurs territoires et leur consacrant du temps. L’élu-e- doit être un « facilitateur » et une interface entre la collectivité qu’il représente et les habitants de son secteur. Il doit y avoir aussi le temps d’une vie à côté de la politique, car il y en a une après les élections perdues.

Il est possible de remédier au manque de femmes en politique

Si la politique à mon avis n’est pas « genrée », une chose est sûre, les femmes sont toutes aussi indispensables à la vie politique que les hommes et les photos officielles des conseils généraux ou comités divers demeurent trop tristement masculines. En Ardèche, le conseil a eu sa première femme élue en 2008, une seconde vient d’entrer suite à un décès, et, même si je n’ai pas encore analysé les candidatures aux élections de 2011, je sais déjà que les femmes seront très rares.

Deux solutions au manque de femmes et de jeunes en particulier issus de la « diversité » en politique et aux postes de responsabilité, le non-cumul des mandats. Un non-cumul total et un seul renouvellement par nature de mandat avec des règles contraignantes pour les candidatures. Mais tout cela ne réussira – un peu – que si les partis politiques jouent le jeu. Les textes ne sont que ce que l’on en fait. Le vieux thème de l’esprit et la lettre.

Deux exemples avant 2008, même dans les villes de plus de 3 500 habitants, si la parité de la liste était obligatoire, celle des adjoints ne l’était pas. Les adjoints étaient toujours plus nombreux que les adjointes. La loi a imposé la parité des adjoints aux dernières municipales, mais il est révélateur de voir la nature des délégations. Aux femmes, le scolaire, le social, les aînés (!)… En Ardèche, quand la parité a été imposée pour les municipales dans les communes du plus de 3 500 habitants, un vent de panique a soufflé sur les hommes en place or cela ne concernait que 11 communes sur 339 !

Avec le mode électoral prévu pour les futurs délégués territoriaux, les femmes vont disparaître puisque 80 % des candidats devraient élus au scrutin uninominal. Disparition dans les faits sans aucun doute mais pas uniquement à cause du texte. Il suffirait que les partis présentent autant de femmes que d’hommes dans des territoires gagnables. Cela n’est pas neuf, mais c’est une autre histoire.

Bonne année 2011, et continuons à nous battre…

Danièle Soubeyrand-Géry
Élue 5 ans comme 1ère adjointe chargée de l’urbanisme et des travaux à Annonay (Ardèche, 19 000 habitants), 7 ans à la tête de l’opposition municipale et enfin 2 ans comme conseillère régionale en Ardèche pour terminer le mandat d’un conseiller régional démissionnaire, touché par le cumul des mandats (maire et député).