Monde Les journalistes albanais-e-s se mobilisent contre le tourisme sexuel

« Oui au tourisme culturel, non au tourisme sexuel ». C’est avec ce slogan qu’ont été accueillis les visiteurs désirant découvrir l’Albanie lors des fêtes de fin d’année. Des prospectus vantant les curiosités naturelles et culturelles du pays ont été distribués dans les ports et à l’aéroport.

Par le biais de cette campagne, depuis juin 2010, un groupe de journalistes albanais-es (Albanian Group of Journalists), épaulé par la Coalition Against Trafficking in Women (coalition contre le trafic des femmes), veut lutter contre le tourisme sexuel en tentant de sensibiliser les touristes et la population albanaise à ce fléau.

L’été dernier, des jeunes des villes maritimes ont distribué ces mêmes affichettes dans des hôtels, dans la rue, dans les écoles et les bars. La même information a été reproduite sur de grandes affiches collées par de jeunes gens vêtus de tee shirts arborant eux aussi le slogan « oui au tourisme culturel, non au tourisme sexuel » près des centres touristiques, des agences de voyage ou des douanes, des ports, et à l’aéroport.

Une image ternie par le crime organisé albanais

Devenu un lieu touristique important – plus d’un million de touristes l’été dernier – l’image de l’Albanie dans le monde est pourtant ternie par des procès en France, en Italie, en Grèce, en Allemagne contre les proxénètes albanais, considérés comme les plus violents.

Malgré les développements économique et social positifs, l’ouverture de l’Albanie vers le monde après 45 ans de dictature communiste et sa situation géographique en ont fait une plaque tournante de trafics de drogue, d’être humains et d’armes.
Les groupes criminels se sont également servis de la pauvreté des Albanais qui ont migré vers différents pays européens pour les impliquer dans les réseaux du crime organisé notamment liés à la drogue et la prostitution.

Le trafic des êtres humains est devenu pendant plusieurs années un problème inquiétant pour la société et les autorités albanaises, qui, sous pression de l’Europe et des institutions internationales, ont dû adopter des lois et des mesures sévères pour contrôler ces phénomènes.
Les résultats sont encourageants, mais l’Albanie figure encore sur la liste noire.

Une mobilisation de tous les acteurs de la société

Pour le collectif de journalistes il était donc important, outre l’information aux touristes, de sensibiliser et fédérer tous les acteurs de la société albanaise pour redorer le blason du pays.
Le projet « Connaître l’Albanie : oui au tourisme culturel, non au tourisme sexuel » souligne que « la lutte contre le tourisme sexuel s’affiche dans l’intérêt et dans les efforts d’améliorer l’image d’un pays – encore fragile dans ses structures politique et policière – et de mettre sur place un vrai Etat de droit et de loi ».

Dans cette optique, un spot publicitaire a été diffusé deux fois par jours pendant un mois sur quelques télévisions locales. Plusieurs articles publiés dans différents journaux, plusieurs émissions de TV ont été consacrés à ce sujet.
La collaboration du collectif de journalistes avec les médias électroniques mais aussi le ministère de la Culture, les autorités locales, et la police albanaise a influencé la qualité de l’information et les résultats de ce mouvement « positiviste ».

Grâce à ces efforts conjoints, la police albanaise a mené également une large opération dans différents hôtels de la côte albanaise et a annoncé le 28 juillet 2010 qu’au moins trois propriétaires d’hôtels à Vlora et à Durres ont été arrêtés pour proxénétisme.

Le collectif a profité également d’une rencontre en septembre dernier sur la violence contre les femmes avec la présidente du parlement albanais, Jozefina Topalli, la responsable de la Chambre des lords de Grande-Bretagne, Helene Hayman, et une dizaine de représentants de la société civile pour sensibiliser à la lutte contre le tourisme sexuel qui « pourrait nuire aux efforts des autorités mais aussi à l’image de l’Albanie dans le monde ». La ministre adjointe de l’Intérieur, Iva Zajmi, à la tête d’un comité anti-trafic participant elle aussi à cette réunion a de son côté salué « les efforts des autorités albanaises pour lutter contre les violences faites aux femmes, la traite des êtres humains et la prostitution ».

Des opposants coriaces

Néanmoins, toutes ces actions ont suscité des réactions très négatives de groupes d’intérêts de plus en plus actifs soutenant l’ouverture des maisons closes en Albanie. Engagés dans un débat médiatique, des représentants de ces groupes ont lancé de lâches injures et ont animé un discours très agressif contre tous ceux qui sont contre l’ouverture des maisons closes « qui violent, au nom de la morale, les droits de l’homme ».
Ces groupes assez puissants financièrement sont en train de faire du lobbying politique et médiatique afin de préparer l’opinion publique à l’éventuelle adoption de cette loi, présentée comme une initiative parlementaire permettant, entre autres, le contrôle du virus HIV…

Un combat à poursuivre, donc.

Briseïda Mema, collaboratrice Albanie ÉGALITÉ