Publications jeunesse : une égalité à bâtir Si un ours porte un tablier, « c’est une ourse ! »

T comme test. Dans le but d’appréhender la valeur symbolique de trois objets (le tablier, le fauteuil et le journal) des images d’un ours (ou d’une ourse?) ont été créées. Elles sont en noir et blanc évitant ainsi toute information de couleur ou de contexte qui pourrait influencer les réponses des enfants. Elles servent de support à une unique question : « C’est maman ou papa ? »

Ce test a été proposé pour la première fois en 1998 aux enfants de trois écoles en France et deux en Italie. Par la suite elles ont été montrées à des centaines d’enfants entre 7 et 10 ans, en France, en Italie et en Espagne. Les chiffres qui suivent sont les plus récents et proviennent d’un test réalisé en 2007.

Le tablier

Lorsque l’ours est vêtu d’un tablier, 154 enfants sur 204 affirment qu’il s’agit d’une maman ourse et qu’ils en ont la certitude à cause du tablier. Ils disent : « Normalement c’est la maman qui porte le tablier », « Les papas ne cuisinent pas et lorsqu’ils doivent vraiment le faire ils ne portent pas de tablier », « Les ours mâles ne portent pas de tablier parce que le tablier est pour les femelles »
Une image « virilisée » de l’ours, portant une montre par exemple, a été reconnue par quelques enfants comme un papa.
Dans ces cas, les enfants parlent du tablier comme d’une « serviette », et précisent que papa cuisine parce que « maman fait le ménage » ou « est à l’hôpital faire un bébé ». Une fille dit : « C’est un papa qui dit : “J’ai faim, porte-moi le dîner !”. »
Un garçon dit : « C’est une ourse qui dit : « Je dois tout faire dans cette maison : le ménage, la cuisine… »

Le fauteuil

Lorsque l’ours est installé dans un fauteuil, 105 enfants sur 146 affirment qu’il s’agit d’un papa ou d’un grand-père.
Un garçon dit : « Ça pourrait être une maman ourse, mais en général ce sont les papas qui s’assoient comme ça pour regarder la télévision. Si c’est une maman, elle n’est pas normale. »

Une deuxième image a été montrée, représentant un ours endormi dans son fauteuil. A propos de celle-ci une fille de neuf ans dit : « Les mamans ourses ne dorment pas pendant la journée elles se reposent seulement lorsqu’elles vont se coucher. »
Une autre fille dit : « Les femmes doivent bien se tenir : elles ne s’avachissent pas comme ça. »
Un bébé posé sur le ventre n’a pas suffi à en faire une ourse. Une fille dit : « Une ourse ne dormirait pas, elle s’occuperait du bébé. »

Le journal

L’ours qui lit le journal a été reconnu comme un mâle par 90 % des enfants. Les raisons : « Les mamans ourses n’ont pas le temps de lire le journal, elles doivent faire le ménage ». « Les mamans ne lisent pas le journal parce qu’il ne parle pas de sa maison à soi. »

Une deuxième image a été montrée, représentant le même ours portant un collier.
À propos de celle-ci une fille dit : « C’est une ourse, mais elle est bizarre : elle s’arrête pour lire le journal pendant la journée. »
Interrogés sur ce qu’il faudrait changer dans l’image pour en faire une maman, les enfants ont proposé de lui mettre un tablier, de l’habiller de rose, de lui mettre un chapeau avec des fleurs et une plume…

Une fille proposa : « D’abord il faudrait mettre le journal à plat sur la table et puis elle serait en train de peler des patates. »

Adela Turin, de l’association européenne Du côté des filles

Adela Turin, historienne d’art et designer, fonde en 1974 sa maison d’édition Dalla Parte Delle Bambine (Du côté des petites filles). Elle a écrit un quarantaine d’albums illustrés, de contes et de bandes dessinées. Publiés dans une dizaine de langues, ses albums ont reçu de nombreux prix. Elle a créé l’association européenne Du côté des filles.

L’association européenne Du côté des filles a été créée en 1994 dans le but d’élaborer un programme d’élimination du sexisme dans le matériel éducatif, de promouvoir des représentations anti-sexistes, de produire et diffuser des outils de sensibilisation destinés aux maisons d’édition, aux créatrices et créateurs, aux parents, aux pouvoirs publics.

Depuis sa création, l’association a mené un programme de recherche européen sur les albums illustrés, participé à des actions de sensibilisation, dispensé des formations sur le thème de l’égalité filles/garçons.