Publications jeunesse : une égalité à bâtir « Arrêtez le monde, je veux descendre ! », Mafalda, 5 ans

Mafalda est le personnage principal de l’historieta du même nom créé en 1964 par Quino (Joaquín Salvador Lavado). Elle est issue de la classe moyenne argentine et est devenue très populaire en Amérique Latine et en Europe.
Quino a cessé de dessiner Mafalda au milieu des années 1970 et met en scène d’autres personnages. Mais on la retrouve dans les campagnes d’organismes ou d’associations lui tenant particulièrement à cœur (Amnesty International, campagnes d’alphabétisation…).
Il a reçu de nombreux prix et récompenses dans son pays et dans tout le monde hispanique. Le dessinateur a aussi été nommé officier des Arts et des Lettres par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, au titre de la promotion des personnalités étrangères au printemps 2010.

Mafalda est une petite fille argentine de 5 ans, intelligente et dégourdie, qui pose sur le monde son regard malin, ironique et pertinent et nous réjouit avec des expressions comme « Arrêtez le monde, je veux descendre ! » ou « Presque tout le monde aime les chiens et pourtant, jusqu’à présent, personne ne sait ce que veut dire ouah ouah ! » Armée d’un humour mordant et d’une vision critique de la société, elle fait souvent preuve de cynisme avec ses amis.

Mafalda est très informée sur le fonctionnement du monde. Cette petite fille aux allures d’ange se révèle être une véritable rebelle qui n’aime pas la soupe et qui a du mal a garder le silence. Elle pose des questions à ses parents et à ses amis sur le quotidien, la politique, la société, la religion, la culture, l’actualité.

Elle est presque toujours entourée de personnages très caricaturaux aux points de vue opposés, dont ses amis incontournables comme Manolito, fils d’un commerçant et le garçon le plus capitaliste de toute l’Argentine, et Susanita, la gamine se voulant indépendante, mais totalement soumise à son futur mari et à ses futurs enfants.

Au musée avec Pythagore, Gandhi et mère Teresa

Mariela Acevedo, licenciée en sciences de la communication, chercheuse sur les formes de représentation des identités sociales et sexuelles dans les bandes dessinées pour adultes, et directrice du magazine de BD féministe Clitoris, s’est intéressée au personnage : « En abordant la bande dessinée depuis une perspective sexuelle, ou de genre, on remarque que le personnage de la mère de Mafalda est une femme d’intérieur, bonne épouse et maman, décrite de façon très critique par sa propre fille, qui lui demande : « qu’aurais-tu aimé faire si tu avais une vie ? » C’est une fillette très intelligente, plus progressiste et moins conformiste que ses parents. Sans être féministe, Mafalda représente la pensée “Ni des roses ni des bonbons, on veut nos droits”. »

Jean-Jacques Bouchon, anthropologue d’origine française et directeur du musée Rocsen à Córdoba, en Argentine, justifie ainsi son choix d’inclure Mafalda dans les représentations exposées dans le musée de 57 personnalités qui ont marqué l’histoire universelle. Avec Bouddha, Pythagore, Confucius, Sophocle, le Christ, Léonard de Vinci, Gandhi, mère Teresa, Bach, Dionysos… « Il s’agit d’un personnage riche avec un intérêt sur le monde, sur l’univers, qui se pose de questions très profondes. Elle a beaucoup à nous enseigner. »
Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains.

Et parce qu’elle n’a pas pris une ride depuis les années 1970, les éditions Glénat entreprennent la réédition des aventures de Mafalda en juillet 2011.

Carolina Escudero – collaboratrice Argentine EGALITE