Portraits Maryvonne Lozachmeur, madame la bâtonnière de Rennes

Nous avons rencontré Maryvonne Lozachmeur en pleine crise de confiance entre les magistrats et le gouvernement. Elle soutenait totalement l’action de ses confrères.

Pour la nouvelle bâtonnière du barreau de Rennes, la situation de la justice aujourd’hui en France est effectivement préoccupante. « La justice doit travailler dans la sérénité avec les moyens qui lui sont nécessaires et actuellement ce n’est pas le cas. On ne peut pas laisser les choses se dégrader davantage. On constate chaque jour un manque de moyens, un manque de magistrats, de conseillers d’insertion et de probation mais aussi de psychiatres. »

Une situation, qui entraîne une surcharge de travail mais aussi, et peut-être surtout, des pressions pour « faire du rendement », pour rendre une « justice expéditive » au détriment d’une « justice de qualité ».

Bâtonnier depuis janvier dernier, Maryvonne Lozachmeur découvre la fonction avec une passion pour la justice qui ne se dément pas depuis le début de sa carrière, il y a plus de 35 ans. Elle est seulement la deuxième femme à occuper ce poste à Rennes et, précise-t-elle, « la première judiciaire ». La première bâtonnière élue en 2001 était en effet avocat-conseil.

Elle ignore pourquoi les voix se sont portées sur son nom mais elle pense y voir une certaine reconnaissance pour son expérience. Une élection qui n’est peut-être pas étrangère non plus au fait que sur près de 600 membres que compte le barreau rennais, de plus en plus d’avocats sont désormais des femmes.

Si elle a accepté de mettre ainsi sa carrière entre parenthèse pendant deux ans, elle sait aussi qu’elle ne doit pas rater son bâtonnat. « Les avocats en général sont des professionnels ouverts, mais il est vrai que les hommes ont peut-être un regard un petit peu plus attentif sur ce que peut faire une femme. »

« Le droit au respect est le premier droit des femmes à défendre »

La carrière de cette fille d’agriculteurs finistériens a continuellement croisé les droits des femmes. Jeune étudiante en sciences politiques, elle avait déjà choisi le mouvement féministe comme sujet de mémoire.

Ensuite, elle a surtout défendu des enfants et des femmes et s’est toujours impliquée dans le combat pour l’égalité des droits.

Féministe, madame la bâtonnière ? « Je n’aime pas trop les étiquettes, je trouve que ça relève de la caricature. Mais les droits des femmes sont très importants pour moi depuis toujours ».

Et aujourd’hui, que voudrait-elle défendre en premier ? « Le droit au respect », dit-elle spontanément. « Entre hommes et femmes, il y a des différences, mais nous sommes les mêmes citoyens. Nous avons les mêmes obligations, nous devons donc avoir les mêmes droits. Et les femmes doivent avoir surtout le droit d’être respectées. »

On n’en attendait pas moins de celle qui s’est fait une spécialisation de la défense de femmes victimes de violences.

Elle pense aussi avoir élevé ses trois enfants – deux filles, un garçon – dans ce respect de l’égalité. « Pour moi, les choses étaient claires dès le départ, se souvient-elle. Il n’était pas question que j’arrête de travailler. Ils ont toujours vu une mère qui s’investissait dans son travail et je pense que ça les a marqués. Je fais partie d’une génération de femmes qui voulaient leur indépendance, leur liberté. Et cela passe par l’économie, par le travail. La famille, c’est important mais ce n’est pas tout. »

Au passage, Maryvonne Lozachmeur se félicite d’avoir eu à l’époque une assistante maternelle très disponible. Elle reconnaît qu’aujourd’hui, avec des horaires très variables et des journées qui finissent parfois après 22 h, l’organisation de la vie familiale de ses jeunes consœurs est difficile. « Malgré le coût important et les difficultés que nous rencontrons, nous ne renonçons pas à notre projet d’ouvrir une crèche pour les avocats et le personnel de justice du barreau de Rennes. »

Geneviève Roy – EGALITE

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