Tribunes Europe : le triomphe des bordels

Bordels belges, bordels suisses, bordels allemands, bordels espagnols, les supermarchés proposant de la marchandise féminine en vente libre se multiplient à nos frontières. A l’heure où une mission parlementaire sur la prostitution (en place depuis juin 2010) s’apprête à rendre ses conclusions, on peut attendre de la France qu’elle résiste au courant libéral qui fait des femmes des produits de consommation courante pour le plus grand profit des proxénètes et des Etats.

Les noms sont chatoyants : Paradise (évidemment), Dallas, Artémis, Pussy Club… Présentés par les tenanciers comme des entreprises modèles et complaisamment relayés par les médias, ces harems new look réinventent dans toute l’Europe, et à échelle industrielle, l’exploitation sexuelle des femmes pour le plaisir masculin.

Partout la même vitrine : des « droits », de la « liberté »… On ne parle que de protéger les femmes prostituées : du froid, de la pluie, des agressions, prétendument. Pas un mot de la raison véritable qui pousse les Etats à dépénaliser le proxénétisme pour officialiser l’exercice de la prostitution : la froide logique comptable de pays en proie à la crise et qui comptent sur ses formidables profits pour engranger les taxes.

Présentés comme des établissements de loisir et de remise en forme – on y trouve aussi saunas, discothèques, cinémas et restaurants –, ces complexes décomplexés proposent aujourd’hui, en Allemagne, des forfaits tout compris qui permettent de consommer une femme en même temps qu’une pizza et une bière. Et promos et réductions se multiplient pour appâter les seniors, les chômeurs et autres « consommateurs », dont le point commun est d’appartenir au sexe masculin.

Le décor change, le schéma demeure. « Client » libre : libre de circuler, de jauger, d’exiger. Libre d’exprimer ses fantasmes. En face ? Règlement draconien, contrôles tous azimuts (et d’abord sanitaires), cadences, amendes, réprimandes. Il choisit, elle s’exécute. Rien de neuf sous le soleil proxénète. La consommation du corps des femmes est bel et bien devenue un loisir exigible par tout « honnête homme » dans l’Europe du nouveau siècle.

En la matière, la France, qui n’est certes pas un modèle (tant que n’est pas abolie la loi sur le racolage qui pénalise les personnes prostituées), reste tout de même la seule à pouvoir encore résister au vaste courant qui prétend faire de la prostitution un « métier » d’avenir et des proxénètes des chefs d’entreprise appelés à exercer leur pouvoir économique – et politique – dans un sens dont on doute qu’il soit favorable aux femmes.

La mission d’information parlementaire sur la prostitution doit rendre ses conclusions avant l’été. La présidente, Danièle Bousquet (PS), comme le rapporteur Guy Geoffroy (UMP) ont d’ores et déjà déclaré qu’il n’était plus temps d’éluder la question des clients prostitueurs. La députée s’est d’ailleurs prononcée clairement pour une politique calquée sur l’exemple suédois qui interdit tout achat de service sexuel au nom du combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes et contre les violences.

Tous les textes internationaux sur la traite des êtres humains exigent désormais de « décourager la demande ». Il est temps d’en tirer les conséquences ; et de risquer une politique audacieuse pour en finir avec l’archaïque subordination sexuelle des femmes et le cynisme contemporain du corps marchandise.

Claudine Legardinier – EGALITE

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