Économie « Je suis agricultrice, pas femme
d’agriculteur »

Si la France compte de moins en moins d’agriculteurs, cette baisse ne se fait pas au détriment des femmes. Selon une étude (1) publiée en janvier dernier par la Mutualité sociale agricole (MSA), elles représentent un quart des chefs d’exploitation et plus de la moitié des nouveaux exploitants sont des exploitantes. Leur activité principale est l’élevage de bovins en production laitière. Parmi les femmes chefs d’exploitation nouvellement installées, 38% ont moins de 40 ans. Elles sont nombreuses notamment dans les régions des Pays de la Loire, de Bretagne, en Rhône-Alpes et dans le Sud-Ouest. Les femmes âgées de plus de 55 ans, quant à elles, représentent 26% des installations en 2008. Il s’agit généralement de reprise temporaire d’exploitation par des conjointes d’exploitants arrivés à l’âge de la retraite.

Si on lui demande de décrire sa journée, Nathalie Macé énumère les tâches et les heures : de 5h à 7h30 la traite des vaches et les soins aux veaux ; de 7h 30 à 8h 30 la préparation des enfants (7 et 4 ans) pour l’école ; puis de nouveau les travaux agricoles jusqu’à 10 heures et le lever du bébé (10 mois) ; s’enchaînent ensuite les préparations des repas, le ménage et le linge et tout le travail administratif. Comptabilité, traçabilité, suivi sanitaire… En tout, un bon tiers de l’emploi du temps d’un producteur laitier se fait sur un écran d’ordinateur. Une vie que Nathalie a choisi et qu’elle revendique. Pour elle, l’agriculture c’est une passion depuis toujours qu’elle partage aujourd’hui avec son mari. « Je suis agricultrice, dit-elle. Pas femme d’agriculteur ! »


Vous êtes aujourd’hui chef d’exploitation. Qu’est ce qui vous a séduit dans le métier d’agricultrice ?

J’ai toujours voulu être agricultrice, même à l’âge où toutes les filles veulent être secrétaire ou coiffeuse et j’ai fait ma formation scolaire dans ce but. J’ai épousé un agriculteur, mais ce n’était pas prévu au programme !

Mes parents étaient agriculteurs. Ils ne m’ont jamais découragée mais m’ont incitée à faire une formation générale pour faire face à l’avenir s’il y avait un souci.

Je suis installée depuis six ans, d’abord toute seule sur une exploitation en production laitière. L’exploitation était un peu dépassée par rapport à ce que je connaissais mais ma motivation m’a aidée à surmonter les conditions de travail. Et puis, je savais que c’était pour un temps limité et j’ai pu rejoindre mon mari, installé cinq ans plus tôt sur son exploitation, au bout d’un an.

Aujourd’hui, on travaille tous les deux à 50/50 ; on est à égalité dans les capitaux et dans les décisions. C’est vrai que financièrement c’est un petit peu compliqué ; heureusement qu’on avait un peu de réserves grâce à mon travail précédent à l’extérieur.

Quelles sont vos conditions de vie ?

On ne roule pas sur l’or ; on sait qu’on a encore quelques années difficiles à passer mais on fait tout pour que les enfants ne le ressentent pas trop et on arrive quand même à partir en vacances une semaine par an tous ensemble.

Notre niveau de vie peut être comparé à celui d’un couple d’ouvriers, à ceci près que nous, nous avons la viande et le lait qui nous sont fournis par l’exploitation et qu’on peut manger plus souvent de la bonne viande qu’un couple d’ouvriers qui vit en ville. On n’a pas la même qualité de vie non plus  ! Même si c’est pas rose tous les jours et qu’on surveille les comptes en permanence, moi mon congélateur est plein et mes enfants ont du lait tous les jours !

Vous avez été présidente du syndicat des Jeunes agriculteurs d’Ille-et-Vilaine. N’était-il pas difficile de conjuguer activité syndicale et contraintes professionnelles ?

J’étais aux Jeunes agriculteurs (JA) d’Ille-et-Vilaine de février 2006 à février 2010, d’abord comme secrétaire générale puis de septembre 2007 à septembre 2009, comme présidente départementale et responsable régionale de la formation.

Le syndicat pour moi, c’est une ouverture à la fois sur ce qui se passe dans le reste du département et dans toute la France. Et puis durant mes deux ans de présidence, j’avais l’impression d’apporter ma petite pierre à l’édifice pour faire avancer les choses.

Avant, j’ai été comptable pendant quatre ans, puis technicienne en laiterie pendant quatre ans également. Je voyais du monde tout le temps. Alors c’est vrai que quand je me suis installée, j’ai eu une année difficile ; j’étais toute seule et les JA m’ont permis de revoir du monde, de sortir un peu de chez moi.
Il fallait concilier le boulot à la maison, le boulot à la ferme et le syndicat, mais je crois que quand on a envie on trouve le temps et on s’organise !

Mon mari m’aide un peu pour le ménage et surtout pour les enfants. Si je dois m’absenter un jour ou un soir, il sait se débrouiller et les enfants sont contents de temps en temps de se retrouver seuls avec leur papa.

Notre métier est principalement défendu par des hommes mais, je suis consciente que je bénéficie des combats de femmes formidables comme Karen Serres (2). Quand j’ai accouché de ma fille l’année dernière, j’ai eu un congé de maternité de quatre mois comme toutes les femmes qui travaillent dans d’autres branches. C’est grâce aux femmes qui se sont battues avant moi. J’ai des amies qui travaillent dans l’artisanat, elles sont loin d’avoir obtenu tout ça parce qu’elles ne sont pas aussi bien fédérées que nous.

Les images des agriculteurs montrées dans les médias sont souvent négatives parce qu’on ne sait pas montrer quand tout va bien. Les JA font beaucoup d’efforts pour changer les choses notamment les opérations Nature Capitale ou la Grande Moisson à Paris. Les JA Bretagne ont réalisé l’exposition photo « Agriculteurs et fiers de l’être » (3), qui circule actuellement dans les quatre départements bretons. On voit bien que ces choses-là plaisent aux gens. Le problème c’est que nous ne sommes pas très nombreux à prendre des responsabilités et on a tellement de combats à mener qu’il nous reste très peu de temps pour parler positivement de l’agriculture ni pour faire de la pédagogie. Quant au Salon de l’agriculture, il ne donne pas vraiment une image du métier mais plutôt des produits et des régions, c’est une vitrine pour les parisiens.

Propos recueillis par Geneviève Roy – EGALITE

(1) En savoir plus sur l’étude et la télécharger

(2) Karen Serres est présidente de la commission nationale des agricultrices de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles)

(3) Avec 120 clichés et une douzaine d’étapes à travers toute la Bretagne chez des jeunes agriculteurs et agricultrices, l’exposition a pour but d’aller à la rencontre du grand public et de donner une image positive de leur profession. Après les Côtes-d’Armor et le Finistère en février, l’exposition sera à Vannes (Morbihan) du 2 au 6 mars au Château de l’Hermine et à Rennes (Ille-et-Vilaine) du 9 au 12 mars sur l’esplanade Charles-de-Gaulle. Une douzaine de parrains et marraines célèbres connus pour leur attachement à la région Bretagne sont venus poser dans les exploitations parmi lesquels Nolwenn Leroy, Patrick Poivre d’Arvor, Dan ar Bras, Yvan le Bolloch ou encore Christian Gurcuff.