Tribunes « Comme le Japon, aucun pays n’est à l’abri d’une catastrophe nucléaire »

Le Japon vient d’être frappé par le plus terrible séisme de son histoire, provoquant une catastrophe nucléaire d’ampleur inédite. Women in Europe for a Common Future (WECF) connaît les conséquences de tels drames sur les populations et particulièrement sur les femmes, car notre réseau travaille depuis 1994 avec des victimes de l’industrie nucléaire : des femmes issues de communautés situées près de mines d’uranium, ou près de sites nucléaires, des victimes de Tchernobyl ou de Mayak, dont les grossesses n’ont pu être portées à terme, ou dont les enfants sont morts des suites d’irradiations. La catastrophe nucléaire qui frappe le Japon démontre une fois encore qu’il n’existe pas de risque zéro avec le nucléaire, malgré toutes les promesses de l’industrie.

On l’a vu également en Russie l’été dernier, avec les gigantesques feux de forêt qui se sont arrêtés aux portes des centrales nucléaires, le changement climatique peut conduire à des catastrophes similaires à celle de Tchernobyl.

La Russie où Nadejda Kutepova, avocate, fondatrice de l’ONG Planet of Hope, membre du réseau WECF, défend les droits des victimes du nucléaire. Ses actions ont permis de révéler que de nombreuses femmes enceintes ont été employées par les autorités soviétiques de la région de Chelyabinsk, pour des opérations de décontamination après l’accident de Mayak en 1957. « Nous avons porté devant la Cour européenne des droits de l’Homme plus de 100 cas de victimes du nucléaire, auxquelles les autorités russes refusaient un dédommagement supérieur à 1euro par mois, alors que ces femmes souffrent de cancers et de handicaps à vie. »

Les centrales japonaises figurent parmi les mieux sécurisées du monde

Depuis longtemps, l’industrie nucléaire soutient que les accidents passés sont dus à la vétusté des anciens modèles de réacteurs, comme ceux présents à Tchernobyl. Aujourd’hui au Japon, troisième puissance économique mondiale, les centrales nucléaires figurent parmi les plus avancées et les mieux sécurisées du monde. Si les ingénieurs japonais ne peuvent pas faire face à une catastrophe nucléaire, alors il est plus que probable qu’aucun autre pays du monde ne le puisse.

D’après Sabine Bock, coordinatrice du pôle Energie et Changement climatique de WECF : « Pas une seule compagnie d’assurance n’assure aujourd’hui l’industrie nucléaire pour les immenses dommages qui peuvent survenir dans le cas d’une catastrophe. Au final, ce sont les populations et les générations futures qui vont payer, à travers leur santé, leur vie, et leur environnement. »

Natalia Manzurova, autre membre du réseau WECF, est une scientifique russe qui fait partie des rares « liquidateurs » de Tchernobyl encore en vie. Elle a créé l’Association des invalides de Tchernobyl qui défend les intérêts des anciens liquidateurs. Elle explique ce qui s’est passé il y a 25 ans : « Nous portions des vêtements de protection et des masques. Pourtant, pendant deux ans, la radioactivité était telle que les parties non protégées du visage ont eu droit à un “bronzage” spécial. Nous n’avions aucun instrument de mesure de la radioactivité dans la zone, pour nous permettre d’éviter les doses excessives. En tant qu’expert, nous étions conscients des effets de la radioactivité et de l’importance de respecter les consignes de sécurité. J’ai eu des problèmes d’estomac et de terribles maux de tête. Puis j’ai dû subir une opération de la thyroïde. A 42 ans, j’ai été déclarée inapte au travail et licenciée sans compensation financière. Seuls quelques uns de mes collègues sont encore en vie… » (La Question centrale, publié par WECF).

Pour la WECF, tout ceci est proprement inacceptable. Notre réseau appelle à une sortie progressive de l’énergie nucléaire et à l’arrêt des subventions de cette industrie. Il est temps de se tourner résolument vers des énergies renouvelables et moins risquées.

Anne Barre, directrice de WECF France

Women in Europe for a Common Future, est un réseau d’organisations féminines environnementales qui met en œuvre des projets de terrain à l’échelle locale et plaide à l’échelle internationale pour porter la voix des femmes en matière de développement durable.

WECF a le statut Ecosoc et participe activement à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique. WECF a contribué avec d’autres ONG à faire reconnaître le groupe majoritaire des femmes au sein de cette convention de l’ONU.

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