Portraits Mokhtaria Kebli, femme, beur-e, et élue

Cet article a été modifié à la demande de Mokhtaria Kebli le 30/03/11

Originaire d’Evry dans l’Essonne, enseignante d’espagnol en collèges et lycées classés ZEP en Seine-Saint-Denis, Mokhtaria Kebli, âgée de 31 ans, fait partie de cette jeune génération d’élue pour qui politique rime avec militantisme.

Issue de la société civile, apparentée PS, cette jeune conseillère municipale à Aulnay-Sous-Bois, ne mâche pas ses mots lorsqu’elle explique les motivations qui ont poussé le maire de cette commune de Seine-Saint-Denis, Gérard Ségura, à lui demander de rejoindre sa liste aux dernières municipales : « Je pense qu’il y avait, de manière officieuse, des quotas. » Et d’ajouter : « Toutes les personnes de mon entourage, issues notamment de la Marche des beurs, me disent que c’est clairement parce que je suis une femme, une beur-e et issue d’un « quartier » ». Même si elle reconnaît volontiers à son maire un franc-parler qui lui vaut son respect.

Cette jusqu’au-boutiste, comme elle aime à se définir, considère que c’est une chance de faire partie de la société civile, en somme de ne pas être encartée : « Cela te permet de rester dans une forme de militantisme, de continuer à te battre pour tes idées. Même si au final tu te sens parfois seule puisque, justement, tu es en dehors de toute stratégie politicienne. »

Cet engagement profond, elle le tient tout simplement au fait qu’elle a grandi dans une famille où les débats de société ont toujours occupé les discussions, sans réelle prise de conscience politique, et plus précisément à sa mère qui s’est toujours beaucoup investie dans le quartier d’Evry où elle a grandi, notamment auprès des femmes battues. De son père aussi qui, pour sa part, lui a transmis l’amour de la nation.

Et la politique ? « C’est ma sœur Fatima qui l’a amenée à la maison ! », s’exclame-t-elle. Une sœur maire-adjointe chargée du personnel et de l’emploi à Grigny, dans l’Essonne, et, entre autres, vice-présidente de la communauté d’agglomérations de Viry-Châtillon/Grigny.

Un engagement ancien

L’associatif d’abord, puis la politique s’imposaient donc comme une évidence, presque naturelle : « J’ai toujours eu à cœur de créer du lien social. » Ainsi, elle est déléguée de classe, s’investit à la maison de quartier où elle donne des cours de soutien scolaire et rejoins le syndicat étudiant Unef-ID, de façon ponctuelle, alors qu’elle est étudiante à la Sorbonne  en lettres et civilisation étrangère.

Aujourd’hui Mokhtaria Kebli a décidé d’enseigner l’espagnol en collèges et lycées classés ZEP : « J’ai toujours ce besoin de me sentir utile et de m’engager dans des projets, des actions. »

C’est d’ailleurs ce qu’elle s’emploie à faire, avec détermination et passion, au sein de sa délégation à la mairie d’Aulnay-Sous-Bois, en développant notamment des partenariats avec l’Education nationale et les collèges de « quartiers ».

Mais elle ne s’arrête pas là. Présidente des centres sociaux d’Aulnay-Sous-Bois, cette jeune maman se bat pour que les femmes aient accès à l’alphabétisation et à la formation.

Son engagement en politique lui donne cette impression d’être une sorte de « porte-voix » pour toutes ces personnes qui sont souvent lésées et particulièrement les femmes, sans oublier celles des quartiers. Ces dernières sont en effet « mal comprises, exclues des débats décisionnaires, en raison du manque d’intérêt que leur portent les politiques. C’est ce que j’essaie de changer ».

Reconnue pour son réseau « femmes des quartiers » par son équipe municipale, Mokhtaria Kebli porte une attention particulière, au sein de son association, à la Semaine des femmes qui comprend des activités, des actions de lien social ou encore une soirée réunissant généralement entre 400 et 700 femmes.

« Le combat pour l’égalité est essentiel parce que les femmes sont les premières éducatrices de l’enfant, ce sont elles qui préparent les hommes de demain à ne pas devenir des machistes ! » C’est dit.

Yasmine Oudjebour – EGALITE