Mixité professionnelle : une utopie ? « Nos ambassadrices racontent leur carrière scientifique à 3 000 élèves par an »

L’égalité professionnelle : un noble objectif, un vœu pieux, dont on entend parler depuis des lustres, une réalité malheureusement toujours bien en dessous des espérances des unes et des autres. Mais l’égalité professionnelle, indépendamment de l’adage « à travail égal, salaire égal », ne passe-t-elle pas avant tout par une meilleure qualification des femmes ? Car enfin, dans une société où les femmes n’investissent que 15 % des métiers ouverts aux hommes, comment s’étonner que les inégalités professionnelles soient toujours aussi criantes ?

L’association Femmes et sciences, depuis sa création il y a dix ans, a pour principal objectif la promotion des métiers des sciences et des techniques auprès des jeunes. En effet, le constat est toujours là. Les jeunes filles, notamment à cause du poids des stéréotypes, ont du mal à se projeter dans des métiers réputés masculins, et donc à les investir. Et quoi de plus masculin, par exemple, que le métier d’ingénieur, dont le mot n’est même pas encore officiellement féminisé, en dépit des efforts de certaines ? Le stéréotype est clair : un ingénieur est un « monsieur », dans tous les sens du terme, une réputation propre à empêcher un certain nombre de jeunes filles à s’imaginer dans ce rôle.

Pour lutter contre ces clichés, Femmes et sciences et ses associations partenaires Femmes et mathématiques et Femmes ingénieurs se rendent dans les établissements scolaires, les collèges, les lycées, pour témoigner, grâce à leurs adhérentes, que des métiers réputés masculins se vivent au féminin : ingénieur, professeur des universités, technicien supérieur, chercheur… Tous ces noms de métiers recouvrent de plus des professions valorisées sur le marché du travail, des professions avec des contrats à durée indéterminée et des feuilles de paie.

Communiquer l’enthousiasme

Depuis dix ans, et un peu partout en France, même si beaucoup de ces actions ont lieu principalement en région parisienne, en Alsace, et à Grenoble, les adhérentes de Femmes et sciences vont à la rencontre de 3 000 élèves par an, raconter en quoi consiste leur métier actuel, ses évolutions, les difficultés qu’elles ont peut-être rencontrées, les plaisirs et les satisfactions qu’elles en ont manifestement tirés. Quoi de plus communicatif que cet enthousiasme ? Et les élèves y sont d’autant plus sensibles qu’ils-elles n’ont pas forcément autour d’eux des adultes qui évoluent avec plaisir dans le monde du travail.

Ces rencontres et témoignages se déroulent dans plusieurs contextes : intervention dans les classes à la demande du corps enseignant, tenue de stands lors de forums des métiers organisés par des établissements scolaires ou des municipalités… A Paris une opération plus vaste « 1 000 ambassadrices pour les sciences dans les lycées » a été lancée en 2007 à l’initiative de la Mairie de Paris et du rectorat de Paris. Après une présentation des différents cursus scientifiques existants, les ambassadrices, femmes scientifiques encore étudiantes (en écoles d’ingénieurs, DUT, BTS, université, doctorat…) ou confirmées (chercheuses, mathématiciennes, ingénieures, cheffes d’entreprise…) témoignent de leur parcours individuels. La 4e édition de cette action vient de se dérouler dans des universités et des écoles d’ingénieurs partenaires.

Une telle opération, impliquant de nombreux partenaires (rectorat, classes, femmes témoins) et nécessitant la sensibilisation et la mobilisations de l’administration et des équipes pédagogiques des lycées, demande beaucoup d’efforts. Mais la satisfaction des lycéennes présentes est un encouragement pour les femmes témoins. Et nous espérons que le jour où ces jeunes filles choisiront leur orientation elles se souviendront de nos témoignages…

Claudine Hermann et Nicole Roinel, association Femmes et sciences

Voir le site Elles en sciences destiné aux jeunes et aux enseignants.

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