Contributions « Il faut harmoniser les politiques familiales européennes »

L’Europe est le seul continent où le remplacement des générations n’est pas assuré. A ce titre, elle mérite son nom de Vieux Continent. La population vieillit, davantage dans certains pays : en Hongrie par exemple l’an dernier la population a diminué de 50 000 habitants, ce qui équivaut à la disparition d’une ville moyenne, du fait du nombre plus important des décès que des naissances. Ce déséquilibre menace les systèmes de protection sociale, en particulier de retraites. D’où la question posée au Comité économique et social européen (CESE) par la présidence hongroise de l’Union européenne : quel rôle peut jouer la politique familiale dans le processus de changement démographique ?

L’Union n’a pas de compétence dans ce domaine, mais elle peut comparer les politiques et indiquer quelles sont celles qui sont les plus efficaces. Dans tous les Etats de l’Union, une part importante du PIB est consacrée à la politique familiale, mais aucun Etat membre n’atteint le seuil de simple remplacement des générations (1) par femme, même si la France et l’Irlande en sont très proches. Le taux de natalité est plus élevé en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, et dans les pays scandinaves. On constate que ce sont aussi les pays où le taux d’emploi féminin est le plus élevé.

Une politique familiale comprend des mesures fiscales et des allocations mais aussi des mesures d’égalité professionnelle et de conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle (qui, elles, sont de la compétence de l’Union) et des services d’aide à la famille. Et ce sont dans les pays où l’ensemble de ces dispositifs sont mis en place que les femmes ont le plus d’enfants. Dans les pays où, traditionnellement, les mères doivent rester à la maison, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, et où par conséquent, le monde de l’entreprise ne se s’est pas adapté au travail des mères, les services publics d’accueil des jeunes enfants font défaut, le remplacement des générations est loin d’être assuré. Comme si les femmes ne voulaient plus payer seules la facture de la famille.

La stratégie de l’UE pour 2020 : un taux d’emploi de 70 % pour tous-tes

Le CESE met aussi l’accent sur d’autres politiques comme celle de l’emploi et du logement : comment les jeunes pourraient-ils s’engager dans un projet familial s’ils n’ont ni emploi, ni logement ?
Quant aux politiques familiales elles mêmes, leur durée, leur pérennité est essentielle. Un projet familial se construit sur le long terme, les politiques familiales ne peuvent pas changer au gré des alternances politiques.
Enfin les politiques d’égalité sont essentielles, égalité salariale et conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle, qui doivent faire partie de la responsabilité sociale des entreprises. Ces dernières doivent aussi considérer que la famille ce n’est pas seulement le jeune enfant (pour cela il y a un système de congés, souvent rémunérés) mais aussi le conjoint malade, l’adolescent en difficulté, les parents âgés. Aujourd’hui, il est rare qu’il existe des congés rémunérés pour faire face à toutes les situations d’urgence qui peuvent survenir dans une famille. Le CESE propose que chacun puisse prendre du temps dans sa vie active pour ses obligations familiales, du temps qui serait financé comme l’est le temps de la retraite.

A défaut de mesures en faveur de la famille, l’Union européenne ne pourra pas atteindre les objectifs de la stratégie EU 2020, concernant le taux d’emploi de 70 % pour les hommes comme pour les femmes.

Béatrice Ouin, membre du Comité économique et social européen et co-rapporteure de l’avis

(1) Celui-ci est de 2,1 enfants par femme dans l’Union européenne. Le 0,1 enfant par femme s’explique parce qu’il faut compenser les effets de la sur-masculinité des naissances et ceux résultant des filles qui décéderont avant d’atteindre l’âge de la maternité.