Société La campagne choc contre la prostitution du Lobby européen des femmes

Carte postale de la campagne © LEFFondé en 1990, le Lobby européen des femmes (LEF) est la plus grande coalition d’associations de femmes dans l’Union européenne. Il représente plus de 2 500 organisations de tous les Etats membres et candidats de l’UE, et des associations européennes. Artisan d’un féminisme institutionnel, il est en lien étroit avec les institutions européennes afin de promouvoir les droits des femmes et l’égalité entre les femmes et les hommes dans toute l’Europe. Il mène également régulièrement des campagnes médiatiques afin de toucher les citoyen-ne-s sur des enjeux européens.

Le Lobby considère la prostitution comme une violence envers les femmes, et adopte à ce titre une approche abolitionniste. Pour Pierrette Pape, du LEF, « la prostitution est avant tout une question de droits humains : il faut savoir si nous voulons vivre dans un monde où le corps humain peut être considéré comme un objet ou si nous voulons assurer qu’il existe un droit humain d’être libre de la commercialisation du corps et du sexe ». Pour le LEF, la prostitution est une violation du droit humain fondamental à la dignité et perpétue la domination des hommes sur les femmes à travers l’utilisation de l’argent.

« Ensemble pour une Europe libérée de la prostitution », la campagne du LEF lancée aujourd’hui, demande aux citoyen-ne-s, aux gouvernements et à l’Union européenne d’entreprendre des actions concrètes en vue de mettre un terme à la tolérance qui entoure l’exploitation économique et sexuelle de personnes prostituées. Elle vise à sensibiliser les citoyen-ne-s européen-ne-s sur la prostitution en tant que violence contre les femmes et à exercer du lobbying sur l’Union européenne pour qu’elle prenne, au niveau de ses institutions ou au niveau des Etats membres, des mesures pour mettre un terme à la prostitution en Europe. Cette campagne entend également donner de la visibilité aux ONG qui travaillent avec des personnes prostituées et impliquer les hommes qui décident de ne pas avoir recours à la prostitution. L’objectif, entre autres, est de changer l’attitude générale des hommes envers la prostitution vers une démarche d’égalité des genres et de respect des droits des femmes.Badge de la campagne : "pas à vendre" © LEF

De nombreuses actions sont prévues, mais le clip dévoilé aujourd’hui est le cœur de cette campagne. Délibérément choquant, le clip a été réalisé par la réalisatrice française Frédérique Pollet Rouyer et Patric Jean, réalisateur belge à qui l’on doit le célèbre documentaire La Domination masculine. « Dans ce clip, nous demandons aux spectateurs et spectatrices de se mettre à la place d’une personne prostituée et de ressentir les conséquences de la location de sa sexualité et de son corps pour de l’argent, dit-il. Si cette réalité de base de la prostitution les met mal à l’aise ou pire, ils doivent alors s’y opposer. »



Alors que l’Union européenne ne prend aucune position sur la prostitution, les Etats membres ont adopté des systèmes différents. Trois grands systèmes s’affrontent : le réglementarisme repose sur l’existence d’une réglementation administrative de la prostitution, considérée comme une activité économique comme une autre. Il est présent aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, en Grèce et en Hongrie. L’abolitionnisme vise à abolir toute forme de règlementation de la prostitution dans le but de ne pas encourager celle-ci par une quelconque reconnaissance juridique. Les prostitué-e-s sont considéré-e-s comme des victimes, le proxénétisme et l’exploitation sexuelle sont réprimés.
La majorité des Etats membres a souscrit à cette doctrine, mais avec de nombreuses différences. En Belgique par exemple, les locaux dédiés à la prostitution comme les vitrines peuvent être autorisés. De même, en Espagne, les établissements qui disposent d’une licence de bar ou d’hôtel peuvent abriter une activité prostitutionnelle. La France, quant à elle, a créé en 2003 un délit de racolage passif qui pénalise les prostitué-e-s (1). La Suède entre également dans cette catégorie décidément très large puisqu’elle pénalise les clients mais ne touche pas aux prostitué-e-s. Finalement, le prohibitionnisme interdit la prostitution et sanctionne les prostitué-e-s. La Lituanie et la Roumanie sont les deux seuls Etats à l’appliquer.

Cette diversité de législations perpétue le système prostitutionnel et en particulier la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelles. Selon un récent rapport d’information sur le sujet, 91% des prostituées sur les trottoirs français sont des étrangères victimes de la traite. Plus généralement, d’après les données du Lobby européen des femmes (2), 9 prostituées sur 10 voudraient sortir de la prostitution mais se sentent incapables de le faire.

Marie Ramot – collaboratrice UE EGALITE

(1) La mission d’information sur la prostitution en France, conduite par les député-e-s Danielle Bousquet (PS) et Guy Geoffroy (UMP), a remis un rapport le 13 avril 2011 proposant un projet politique global fondé sur la disparition de cette forme de violence et la pénalisation du client prostitueur (voir notre article).
Télécharger le rapport http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i3334.pdf
Le 30 mars 2011, à l’Assemblée nationale, devant la mission d’information sur la prostitution, la ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot s’était dite favorable à une loi pénalisant les clients de prostitué-e-s.

(2) Données issues du Home Office, Paying the Price, 2004