Non classé Familles : l’équation française

Article paru dans Alternatives Economiques de juin 2011.

La France a trouvé la martingale, à en croire un rapport récent de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques (1). Avec deux enfants par femme, la fécondité y est en effet nettement supérieure à la moyenne des pays de l’Organisation (1,74) et l’une des plus proches du niveau de 2,1 assurant le remplacement des générations. De plus, le taux d’emploi des femmes âgées de 25 à 54 ans (76 %, dont près de 80 % de ces femmes qui travaillent à temps plein) est, lui aussi, légèrement supérieur à la moyenne (75,4 %).

Ce qui s’accompagne d’un taux de pauvreté des enfants relativement bas (8 %, contre 12,7 %). « La plupart des pays où le taux d’emploi des femmes se situe autour ou au dessus de la moyenne de l’OCDE présentent des taux faibles de pauvreté des enfants », précisent les auteurs du rapport. Les « résultats positifs » français « vont de pair avec un important investissement réalisé en direction des familles couvrant toute la période de l’enfance ».

La France y consacre en effet 3,7 % de son produit intérieur brut (PIB), le pourcentage le plus important, avec le Danemark, de tous les pays de l’OCDE (2,2 % en moyenne). La stabilité dans le temps de cette politique d’aide familiale est un facteur de confiance pour les futurs parents. De plus, près de la moitié (46 %) de ces dépenses sont dédiées à des services (crèches, etc.), un gage d’efficacité selon les auteurs, le reste se répartissant entre allocations (35 %) et avantages fiscaux (19 %).

Miser sur la petite enfance : un pari gagnant

Enfin, la France consacre presque moitié plus d’argent que la moyenne des pays de l’OCDE à la petite enfance, « l’investissement le plus efficace ». Résultat : 42 % des enfants de moins de 3 ans y bénéficient d’un « service de garde formelle », ce qui est très supérieur à la moyenne OCDE (31 %). « Ce score est en partie dû à la possibilité pour les enfants d’accéder à l’école maternelle à partir de 2 ans, rappellent les auteurs. Toutefois, leur proportion (…) a décru (2) au cours des années récentes, en raison d’un déficit de places. Cet accès précoce à l’école maternelle facilite pourtant le retour à l’emploi des mères, et particulièrement celui des mères isolées. »

Réformer le congé parental

La France fait toutefois figure de mauvais élève sur au moins deux points : un faible taux d’emploi des mamans d’enfant(s) de moins de 3 ans (52,1 %, contre 53,7 % en moyenne) et des mères de familles ayant au moins trois enfants (38,1 %, contre 44 %). Un constat qui amène l’OCDE à proposer au gouvernement français de réformer le congé parental, en créant un « droit individuel à un congé parental bien rémunéré et dont la durée cumulable par les deux parents n’excéderait pas celle en vigueur actuellement [trois ans] ». Une partie du congé serait réservée à l’usage exclusif de la mère, l’autre au père, et ni l’une ni l’autre ne serait transférable au conjoint. L’idée est d’impliquer davantage les pères dans la prise en charge des enfants, tout en incitant les femmes à reprendre plus rapidement une activité, l’éloignement prolongé du marché du travail étant un frein à l’évolution professionnelle.

Franck Seuret

(1) Note en français sur la situation en France en PDF www.oecd.org/dataoecd/61/46/47700963.pdf

(2) Le taux de scolarisation à 2 ans est passé de 35 % à 15 % entre 2000 et 2009