Chroniques Le blog de Patric Jean :
« Le Clitoris ! »

La nouvelle campagne d’Osez le féminisme à propos du clitoris n’aura échappé à personne ! Certains parviennent à se demander pourquoi une organisation si politique s’intéresse à cet organe.

S’il est une partie du corps de l’être humain qui est politique, c’est bien celle-là. On sait aujourd’hui en effet que le clitoris est l’instrument essentiel (pour ne pas dire presque unique) du plaisir sexuel féminin. L’hypothèse la plus en vogue chez les spécialistes précise même qu’un orgasme féminin survenant lors d’une pénétration vaginale serait d’origine clitoridienne. Là aussi, Freud s’était bien trompé.

L’éducation sexuelle des enfants leur fait découvrir que le petit garçon se différencie des filles par un petit plus bien visible : un petit oiseau, un robinet, un zizi. La fille, elle, en est privée et l’enfant découvre même qu’elle est porteuse d’un vide, d’un manque, d’un trou. Or, pour être exact, il faudrait leur apprendre que la petite fille, loin d’être moins bien pourvue, est porteuse d’un organe ne servant qu’au plaisir et à rien d’autre. Alors que le petit garçon doit se contenter d’un organe couteau suisse qui sert à uriner, se reproduire et avoir du plaisir…

Il suffit de discuter avec des parents pour se rendre compte à quel point le clitoris et un tabou immense. Même dans les milieux les plus libérés, officiellement. Caroline De Haas a remarqué qu’une exposition récente à la Cité des sciences à Paris faisait le tour de la question sexuelle pour les enfants, oubliant tout simplement ce « détail » du corps des femmes.

Le professeur Foldès (célèbre urologue spécialiste de la réparation clitoridienne) parle d’excision symbolique quand il fait voir des planches anatomiques d’où le clitoris a disparu. Il m’a un jour montré sur le site internet de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) le nombre d’occurrences dans la base de données pour les mots verge et clitoris. Des milliers pour le premier et aucune pour le second…

Pourtant, le clitoris est bien connu de la médecine et ce depuis l’antiquité. Hippocrate le décrivait comme l’organe du plaisir féminin. Il apparaît dans la littérature médicale dès le XVIe siècle comme le siège du plaisir féminin.

Alors pourquoi cette gène, ce silence, ce tabou? Pourquoi encore ces sex toys qui ne correspondent qu’à une imagerie sexuelle n’ayant rien à voir avec l’anatomie féminine. Pourquoi ces complexes masculins entretenus à propos de la puissance et de la verge ?

En tant qu’hommes, la plupart d’entre nous ont découvert très tard l’importance du clitoris. Ni les éducateurs, ni les médias n’en parlaient. Nos premières partenaires n’en savaient pas plus que nous.

Et ce n’est sans doute pas un hasard. L’idée que les femmes puissent s’éclater sexuellement est inquiétante pour les hommes en couple. Leur plaisir est synonyme de leur liberté, de leur désir de découvrir et d’expérimenter (avec d’autres). Une « femme frigide » sera toujours fidèle. L’idée d’appropriation et de propriété de la femme et des enfants par le « chef de famille » reste présente, sans doute inconsciemment, chez beaucoup d’entre nous. Le modèle familial enferme chacun dans son rôle où la femme est bien souvent la perdante. Sur le plan sexuel aussi très certainement.

L’expression « osez le clitoris ! » est donc très judicieusement choisie. Elle invite à expérimenter, à inventer, à découvrir, à être libre… A l’encontre de l’image caricaturale qu’ont les féministes. Les défenseurs de « la famille » n’apprécieront pas. Et c’est tant mieux.