Politique Premières rencontres d’été des féministes : « L’égalité c’est maintenant ! »

Ce week-end, 600 personnes et 44 associations féministes se sont données rendez-vous à l’université d’Evry (Essonne). Un tiers des participant-e-s se sont déplacé-e-s de province pour assister aux discussions et débats de ces rencontres Féministes en mouvements. Au total, une trentaine d’ateliers ont eu lieu sur des thèmes comme le temps partiel, la contraception, le système prostitueur ou encore le développement durable.

Les réflexions menées ont permis l’élaboration d’un texte collectif dont la vocation est d’interpeller la classe politique en pleine rédaction des programmes pour la présidentielle de 2012. Les 44 associations ont apposé leur signature sur le document composé de 10 revendications.

C’est Caroline de Haas, fondatrice d’Osez le féminisme, une des associations organisatrice de l’événement, qui a clôturé les rencontres par un discours. Elle s’est d’abord exprimée concernant l’affaire DSK : « Nous ne savons pas ce qui s’est passé ou non à New-York. […] S’il ne s’est rien passé, c’est une bonne nouvelle». En rappelant toutefois qu’il ne faut pas banaliser les violences sexuelles dont 75 000 femmes sont victimes chaque année.

Elle a adressé un premier message à l’UMP et aux partis qui ont soutenu sa politique. Pour elle, les mesures prises ces dernières années ont fait reculer l’égalité femmes/hommes. Elle annonce une forte mobilisation si la majorité présidentielle est réélue. Caroline de Haas s’est ensuite tournée vers les partis d’opposition pour les appeler à maintenir leurs efforts dans l’élaboration d’un programme centré sur les questions d’égalité.

«Nous voulons vous dire que nous ne nous satisferons pas d’une série de mesurettes ou de promesses. Nous attendons, nous exigeons un changement radical et immédiat. Nous refuserons d’entendre « nous n’avons pas les moyens, cela prend du temps ». Cela fait des millénaires que nous attendons : nous en avons assez. Les moyens sont là. Ce qui peut manquer, c‘est uniquement la volonté politique. » a-t-elle ajouté.

Et pour mobiliser les politiques, Caroline de Haas propose de partager et diffuser le plus largement possible le texte produit lors des rencontres féministes :

  • L’égalité, c’est maintenant !

  • Nous, femmes et hommes engagé-e-s dans la lutte pour l’égalité, exigeons de passer du constat récurrent, des lois non appliquées et de l’absence de volonté politique, aux actions de transformation réelle de la société, inscrites dans la durée.

  • Après 40 ans de mouvements de libération des femmes et de droits conquis par les mobilisations féministes, les droits des femmes stagnent, voire régressent. Les inégalités entre les femmes et les hommes, enracinées dans le système patriarcal, minent notre société et notre démocratie : elles empêchent l’émancipation des individus.
  • L’égalité est une condition indispensable du progrès social pour faire avancer l’ensemble de la société ! La construire, c’est lutter à tous les échelons contre les stéréotypes et normes sexistes. C’est aussi combattre l’oppression, la domination, toutes les formes de discriminations et les atteintes à la laïcité.
  • Il est urgent de prendre en compte les effets inégalitaires de l’action publique. Contrairement aux politiques libérales actuelles, la construction de l’égalité passera par des politiques garantissant et élargissant les droits sociaux conquis.

  • Assez ! Nous exigeons l’égalité maintenant !

  • Dans la perspective de 2012, les programmes des partis doivent en tenir compte, détailler et chiffrer leurs propositions, et non se contenter de recopier les promesses des campagnes précédentes : les électrices et électeurs jugeront sur pièce !
  • Rassemblé-e-s à Evry les 2 et 3 juillet 2011, pour les rencontres d’été «Féministes en mouvements», nous exigeons :

  • 1. La création d’un ministère d’Etat des droits des femmes et d’une administration dédiée, dotés de moyens d’intervention conséquents et appropriés.
  • 2. Que l’égalité professionnelle et salariale devienne une priorité nationale : en contraignant les employeurs et employeuses à mettre en place l’égalité réelle sous peine de sanctions, en développant le service public de la petite enfance et en créant celui des personnes dépendantes.
  • 3. Que l’éducation à l’égalité entre les femmes et les hommes fasse partie intégrante de la formation des actrices et acteurs éducatifs, comme des programmes d’enseignement, de la petite enfance à l’université.
  • 4. Que la lutte contre toutes les formes de violences et de discriminations envers les femmes se traduise notamment par la mise en œuvre des dispositifs existants et l’affectation de moyens adaptés.
  • 5. Que l’accès libre et gratuit à la contraception et à l’IVG soit garanti sur l’ensemble du territoire et que l’éducation à la sexualité devienne une priorité.
  • 6. Que la parité dans les instances de décision politique soit effective à tous les niveaux de représentation dès les législatives de 2012 et que la réforme territoriale soit profondément revue sous cet angle.
  • 7. Que les droits des personnes soient les mêmes pour toutes et tous quelle que soit leur identité ou leur orientation sexuelle.
  • 8. Que l’Etat impose à l’échelon européen une harmonisation par le haut des droits des femmes.
  • 9. Que l’Etat favorise toutes les politiques en faveur des droits des femmes dans le monde et accorde le droit d’asile aux victimes de violences sexistes ou sexuelles, dont les femmes victimes du système prostitueur. Il faut enfin régulariser les travailleuses et travailleurs sans papiers.
  • 10. Que l’Etat reconnaisse comme essentiel le travail mené par les associations féministes et leur affecte des financements pluriannuels conséquents, indispensables à la mise en œuvre d’actions pérennes.
  • Nous n’attendrons pas plus longtemps : l’égalité, c’est maintenant !

Louise Gamichon — EGALITE