Non classé Les lesbiennes victimes d’agressions violentes et de viols correctifs en Afrique du Sud

Article publié sur le site d’Inter Press Service le 4 juillet sous le titre « S’ils découvrent que vous êtes une lesbienne, ils refusent de vous aider » .

Funeka Soldaat est une activiste des droits des lesbiennes en Afrique du Sud.

Plus de 30 lesbiennes ont été tuées depuis 2006. Mais la plupart de ces crimes ont été ignorés par l’Etat et impunis par le système juridique.

Le « viol correctif » n’a pris une ampleur nationale qu’en avril 2008, lorsque Eudy Simelane, une ancienne star de la ligue nationale de football féminin d’Afrique du Sud, qui vivait ouvertement en tant que lesbienne, a été violée et sauvagement battue avant d’être poignardée 25 fois au visage, à la poitrine et aux jambes.

Mais beaucoup d’autres lesbiennes ont été délibérément ciblées par des violeurs. L’organisation de défense des droits des homosexuels Triangle, affirme qu’elle traite dix nouveaux cas de « viol correctif » par semaine. Pour sensibiliser sur les droits des homosexuels, en particulier dans les townships (1) d’Afrique du Sud, Funeka Soldaat a fondé, en 2008, FreeGender, une organisation de plaidoyer.

Pourquoi avez-vous décidé de fonder FreeGender ?

Funeka Soldaat : La première lesbienne à être tuée à Khayelitsha (le troisième plus grand township d’Afrique du Sud) c’était en 2001. Personne ne s’en souciait. La suivante a été tuée en 2006. Un autre crime motivé par la haine. Nous essayons de mobiliser les gens, mais les lesbiennes avaient trop peur pour assister à des démonstrations publiques. J’ai donc essayé de trouver un autre moyen de mobilisation pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il accorde une attention aux crimes homophobes. Nous avons créé un forum, FreeGender, pour nous opposer, en tant que groupe, à l’homophobie.

Quels sont les objectifs de FreeGender ?

FS : Notre stratégie, c’est de faire face à l’homophobie au sein de nos communautés, avec un accent particulier sur la sensibilisation de la police. Nous organisons des ateliers et des événements publics, travaillons avec la station de radio locale, faisons de la sensibilisation. Nous voulons aussi nous assurer que les cas criminels sont bien traités par la police.

L’homophobie prend de l’ampleur en Afrique du Sud, comme sur le continent. Quels sont les préjugés auxquels vous êtes confronté-e-s ?

FS : Dans la société africaine, les gens continuent de croire que les femmes ont besoin de l’autorisation des hommes avant de prendre des décisions concernant leur vie. Cela commence par la façon dont vous vous habillez. Si vous ne répondez pas aux attentes des hommes, vous avez des problèmes. Vous êtes appelée « rebelle ». Nous devons arriver à un stade où les gens respectent les décisions des femmes. C’est fondamentalement une question d’égalité entre les sexes.

La constitution sud-africaine est destinée à protéger les droits de tout le monde. Vous sentez-vous protégée par l’Etat et la police ?

FS : La police devrait être l’intermédiaire entre la constitution et le peuple, mais elle a elle-même des préjugés. Elle nous discrimine. Il y a la violence verbale, dans certains cas même, des violences physiques. Lorsque les policiers découvrent que vous êtes lesbienne, ils refusent de vous aider. C’est un gros problème, parce que la police constitue l’entrée du système juridique.

La dernière victime du viol correctif était une fille de 13 ans, en mai. Le ministère de la Justice a déclaré qu’il condamnait l’acte. Cela suffit-il ?

FS : Nous luttons depuis plusieurs années pour que le gouvernement déclare publiquement que l’homophobie est condamnable. Il ne l’a fait que maintenant. Tant de personnes ont dû perdre la vie d’abord. Maintenant qu’il a condamné officiellement l’homophobie, nous attendons de savoir ce qu’il envisage de faire à ce sujet. Quelque chose de plus doit se produire.  Nous comptons sur la possibilité d’un changement d’attitude des gens, parce que la police n’est pas là 24 heures sur 24 pour vous protéger.

Vous avez fait appel à la Commission sud-africaine pour la justice afin qu’elle reconnaisse le viol correctif comme un crime motivé par la haine. Pourquoi ?

FS : La question du viol correctif a deux dimensions : l’une, c’est la violence basée le genre; l’autre, c’est la haine. Nous exigeons que le viol correctif soit également reconnu comme un crime motivé par la haine dans l’espoir de parvenir à des peines plus sévères, des condamnations pour au moins deux chefs d’accusation. Nous voulons aussi que le viol correctif soit intégré aux efforts du gouvernement de lutte contre toutes les violations basées sur le genre. Nous ne voulons pas que les crimes homophobes soient traités comme une question distincte. C’est une violation des droits humains comme d’autres.

La commission a accepté en mars de créer une équipe de travail pour examiner vos exigences. Y a-t-il eu des progrès ?

FS : Nous sommes toujours en train de former l’équipe de travail. Le 15 juin, nous avons rencontré des membres du ministère de la Justice pour en discuter. Les progrès ont été lents. Nous avons également rencontré le ministère de l’Intérieur ce jour-là.

Peu de cas de violences homophobes donnent lieu à des procès. Y en a-t-ils qui ont abouti à des condamnations ?

FS : En 2001, une jeune lesbienne a été violée par son cousin au Cap. Il a écopé de huit ans d’emprisonnement. Mais depuis ce temps, nous n’avons pas vu de justice. D’autres cas où des lesbiennes ont été violées et assassinées sont au tribunal depuis des années, sans être jugés. En attendant, les accusés sont en liberté, sous caution. Nous devons faire en sorte que les coupables soient traduits en justice afin que les gens sachent qu’il existe des conséquences pour ces crimes.

Comment l’homophobie affecte-t-elle votre vie quotidienne ?

FS : Vous ne pouvez même pas aller à la boutique sans que quelqu’un vous insulte. Lorsque je dois aller à un endroit où les gens ne me connaissent pas, je deviens nerveuse. Parfois, ils vous jettent des pierres. Des fois, ils vous heurtent. La nuit, je ne sors pas du tout. A 19 heures, je suis à la maison. Je ne prends pas ce risque.

Propos recueillis par Kristin Palitza – Inter Press Service (IPS)

(1) Township est le nom sud africain des bidonvilles.