Politique UMP et parité : un couple crédible ?

Après les sempiternels débats sur la laïcité, la sécurité – hier encore avait lieu une convention sur l’immigration – l’UMP s’est attaquée à la place des femmes dans la société le 21 juin dernier.

La majorité a annoncé 26 propositions pour enrayer les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes : création d’un compte épargne familial, obligation d’employer 40% de cadres supérieurs féminins d’ici à 2015, mise en place d’une étude globale sur les stéréotypes dans les médias, garantie pour la femme victime de violence conjugale d’un droit au logement, sensibilisation à la mixité dès la maternelle…

Deux de ces propositions portent sur la représentativité des femmes en politique.

La loi existe déjà

Dans sa proposition 4, l’UMP souhaite « la mise en place de tickets mixtes de titulaires et de suppléants » pour les législatives de 2012. La majorité précise que l’application de la parité ne porte que « sur les circonscriptions où le sortant ne se représente pas et là où l’UMP n’est pas présent », soit des circonscriptions difficiles à gagner pour elle.

Cette proposition a été fortement critiquée par le Parti socialiste : « Cette mesure qui existe déjà pour les élections cantonales a fait la preuve de son inefficacité : 86% des élus sont des hommes » constate Gaëlle Lenfant, Secrétaire nationale adjointe aux droits des femmes, dans un communiqué, publié au lendemain de la convention. Malgré la justesse de la remarque, le Parti socialiste a encore lui aussi du chemin à parcourir pour arriver à la parité.

Une autre critique émerge, mais de l’intérieur des rangs de l’UMP cette fois-ci. Françoise de Panafieu, députée de Paris, a déclaré dans un entretien accordé au Parisien : « La politique aujourd’hui, c’est faites ce que je dis, pas ce que je fais ! »

Pour justifier la faible représentativité des femmes dans l’espace politique, la majorité invoque la récurrente explication : « l’absence d’un vivier suffisant de femmes candidates ». Dans les années 90, les associations (1) qui se battaient pour la parité – et qui sont à l’origine de la loi de 2000 – dénonçaient déjà cette affirmation fallacieuse.

Dans sa 5éme proposition, le parti présidentiel suggère de modifier l’alinéa 2 de l’article 1 de la constitution : « la loi favorise l’égale accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives » pour remplacer « favoriser » par un verbe plus contraignant. L’UMP ne devrait-il pas appliquer la loi avant de vouloir modifier la constitution ?

Car l’accès aux fonctions électives pour les femmes est déjà un droit. La loi du 6 juin 2000, renforcée en 2007 par une obligation de parité dans les conseils généraux et régionaux (2), impose, en effet, aux partis politiques de présenter 50% de candidates à chaque élection; dans le cas contraire, une portion de la dotation publique est supprimée pour chaque parti qui ne respecterait pas cette règle. L’UMP a subi une retenue de plus de 4 millions d’euros en raison de sa faible proportion de candidates aux élections régionales de juin 2010.

Et au gouvernement où en sommes-nous ?

Une femme en remplace une autre. Christine Lagarde a quitté le gouvernement, Claude Greff y est entrée. Le poste de la première, l’économie et des finances, était prestigieux. Celui de la seconde est celui que l’on attribue d’office aux femmes : la famille. Le recul est net.

Lors de sa campagne électorale en 2007, Nicolas Sarkozy annonçait qu’il respecterait la parité au gouvernement. Sur 34 ministres et secrétaires d’Etat, on compte aujourd’hui 10 femmes. Avec ce remaniement, le gouvernement Fillon passe en-dessous de la barre des 30%. Une autre promesse non tenue.

Et c’est le même gouvernement qui, avec la réforme des collectivités territoriales adoptée en 2011, met à mal la parité. En 2014, 3.485 conseillers territoriaux remplaceront les 5.843 conseillers régionaux et généraux actuels, leur élection se fera au scrutin uninominal majoritaire, un mode de scrutin qui avantage les caciques locaux, des hommes principalement, et laisse peu de place à de nouveaux entrants.

Plus de 10 ans après la 1ère loi d’application, la parité s’éloigne.

EGALITE

(1) Elles Aussi et Demain la parité, entre autres

(2) Loi n°2007-128 du 31 janvier 2007 parue au Journal officiel le 1er février 2007. Consultable en ligne sur legifrance.gouv.fr