Monde A New York, des voix s’élèvent pour exiger le maintien du procès de DSK

« No justice, no peace! » ont scandé les manifestant-e-s à l’adresse du procureur Cyrus R. Vance qui doit décider prochainement du maintien de l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn.

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Soupçonnée d’avoir menti dans sa demande d’asile et d’avoir des activités frauduleuses, Nafissatou Diallo, la jeune femme de chambre guinéenne qui a porté plainte contre DSK, apparait discréditée. Elle fait l’objet de dénigrement et de propos calomnieux dans la presse à scandale, malgré les prélèvements et les expertises qui attestent d’un rapport sexuel et de contusions.

« Nous exigeons que les accusations d’agression sexuelle et de tentative de viol ne soient pas balayées d’un revers de main parce qu’elles opposent une femme de chambre noire à un homme blanc riche et puissant. Si l’homme était noir et la femme blanche, le cas serait-il traité de la même manière ? », s’indigne la représentante du United Front Women’s Ministry.

Charles Barron, élu démocrate à la mairie de New York, renchérit : « Nous avons, dans notre pays, une longue expérience du pouvoir de l’homme blanc. Nous savons que lorsque le maître d’une plantation violait une esclave noire, il ne s’agissait pas d’une relation sexuelle consentie. On met en cause les antécédents de la plaignante, mais qu’en est-il des antécédents de Strauss-Kahn ? »

Pour Souleymane Diallo, initiateur du Comité de soutien et membre de l’Union pour le développement du Fouta Djallon (1) en Guinée, l’abandon des charges par le Procureur serait « un très mauvais message adressé a tous les immigrants. Cela signifierait que quoi que l’on vous fasse, il vaut mieux la fermer, car tout votre passé risque d’être fouillé et exposé ».

Mobilisation féministe

A New York comme en France (2), les féministes réagissent pour que l’affaire ne soit pas classée lors de la prochaine audience fixée au 1er août. Juriste et fondatrice de la Coalition Against Trafficking on Womens, Dorchen Leidholdt dirige le service juridique du Sanctuary for Family, un centre d’aide et d’hébergement new-yorkais pour les femmes victimes de violences : « Plus exposées aux violences et à la pauvreté, les femmes migrantes sont les plus vulnérables. Nous sommes ici parce que nous connaissons leurs parcours et les obstacles auxquels elles sont confrontées pour obtenir des papiers, travailler légalement, élever dignement leurs enfants et accéder à un statut social », témoigne-t-elle.

Asmaou, enseignante guinéenne, est venue de Philadelphie apporter son soutien à titre individuel : « Je déteste l’injustice. Je me souviens des événements de 2007 et 2009 à Conakry (3) au cours desquels beaucoup de femmes ont été violées dit-elle. Moi aussi j’ai grandi dans un village comme Nafissatou. Dans la communauté peule, une femme n’est pas autorisée à vivre seule même si elle est veuve. La famille n’accepte pas cela. La volonté pour une femme de s’émanciper, d’être autonome en travaillant à l’extérieur, est très mal perçue et signifie qu’on n’est pas sérieuse. Même si je n’ai pas vécu ce qu’elle a subi, je comprends jusqu’à quel point on est en train de la malmener. »

Agnes Boussuge-Kerr, collaboratrice Etats-Unis – EGALITE

(1) L’Union pour le développement du Fouta Djallon est une des quatre associations qui représente les 5 000 Guinéens de New-York.

(2) Un comité de soutien pour diffuser l’information et aider financièrement la plaignante a été créé a l’initiative des organisations féministes suivantes: Coalition Against Trafficking of Women (CATW-Europe), Commission pour l’abolition des mutations sexuelles (CAMS), Commission genre de mondialisation d’Attac, Femmes Solidaires, Ligue du droit international des femmes.

Contact : soutien.nafissatou@yahoo.fr

(3) En 2007 et 2009 des manifestations dans la région de Conakry en Guinée ont donné lieu à une répression sévère de l’armée. Voir aussi l’article Un an après le massacre du 28 septembre 2009, n’oublions pas les femmes de Guinée !