Tribunes « Nafissatou Diallo n’a pas menti sur son agression sexuelle »

Comme nous nous y attendions, l’artillerie lourde a été déployée contre notre soeur Nafissatou Diallo pour la détruire, afin que Dominique Strauss-Kahn soit plus blanc que blanc dans cette « affaire », ainsi que l’avaient prédit ses avocats dès le début.

Qu’il s’agisse des témoignages des collègues de Nafissatou, de ceux des responsables de la sécurité de l’hôtel Sofitel ou encore de ceux de l’équipe médicale du Centre de traitement des victimes de crime (CTVC) de New-York, sans oublier les éléments matériels comme les ecchymoses vaginales, le liquide séminal mêlé à la salive de Nafissatou et l’ADN de DSK, tout cela passe à la trappe. Plus rien. Il ne reste plus que la pauvre femme réduite à l’état de menteuse.

Selon un enquêteur proche de la défense de DSK, Nafissatou a menti aux assistants du procureur à propos de son histoire, de son passé, de ses relations personnelles. Soit ! Mais de là à devenir une prostituée, une vulgaire menteuse et un des membres de la mafia guinéenne aux Etats-Unis, il y a un pas qui a été allègrement franchi pour manipuler l’opinion publique. De victime, elle est devenue criminelle. Qu’elle ait menti sur son passé est une chose, mais s’agissant de l’agression sexuelle, elle n’a pas modifié une seule fois sa version des faits.

Et le mensonge de DSK alors ? N’a-t-il pas nié tout contact physique avec Nafissatou, avant que ses avocats n’avancent la thèse de la relation consentie ! Voilà un demi-aveu. Il faudrait que la vérité éclate.

Les défenseurs de DSK ne peuvent pas souffrir qu’une femme de condition sociale et financière vulnérable, immigrée et noire puisse accuser d’agression sexuelle un homme de pouvoir et de richesse ; d’où leur acharnement à détruire notre soeur par tous les moyens et nous enfermer dans le schéma machiavélique qu’ils ont conçu pour défendre leur illustre client.

Voilà DSK libéré sur parole mais sous contrôle judiciaire. Cela n’empêche que les charges sont toujours retenues contre lui. Il faut que cela se traduise par un procès juste et équitable. Que l’audience prévue ce 18 juillet ait été reportée au 23 août prochain prouve que le procureur est saisi de nouveaux doutes sur l’innocence de DSK et qu’il veut se donner cette fois le temps de la réflexion pour bien peser le pour et le contre.

Personne ne sait ce qui s’est passé dans cette chambre d’hôtel, le 14 mai dernier. Mais, aujourd’hui plus qu’hier, je réitère mon soutien moral à notre sœur Nafissatou Diallo. J’exprime toute ma gratitude et toute mon admiration pour les femmes au grand cœur des associations féministes, tant en France qu’aux Etats-Unis, pour leur engagement total auprès d’elle en lui apportant réconfort et soutien et qui n’ont jamais douté d’elle.

Sanaba Coné Camara – Fondatrice du comité Justice pour Nafissatou Diallo (1)

(1) avec la Coalition Against Trafficking of Women, la Commission pour l’abolition des mutilations sexuelles, la Commission genre de mondialisation d’Attac, Femmes solidaires, la Ligue du droit international des femmes.