Société Probable levée des poursuites contre DSK : soulagement et indignation

Les amis de Dominique Strauss-Khan s’en réjouissent. Comme pressenti depuis quelques jours, le procureur Cyrus Vance a demandé hier après-midi la levée des poursuites pénales à son égard, estimant qu’il sera difficile de convaincre un jury de sa culpabilité parce que la jeune femme n’a pas dissipé les « doutes raisonnables ». Rue89 détaille ici les raisons de cette décision.
La décision reste au juge Michael Obus qui devrait cet après-midi suivre la recommandation du procureur.

Soulagement, donc, et pourquoi pas un espoir de retour sur la scène politique pour DSK.

Ce matin sur France Info, Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste a fait part de son « immense soulagement » : « On attendait tous qu’il puisse sortir enfin de ce cauchemar. »

Dans un communiqué, Bertrand Delanoë, le maire de Paris, invite à « un examen de conscience collectif » après « l’emballement de ces derniers mois fondé sur des rumeurs ».

Idem pour Jean-Christophe Cambadélis, député PS ; Harlem Désir, premier secrétaire par intérim du parti socialiste ; François Hollande, candidat à la primaire socialiste ; Pierre Moscovici, député strauss-kahnien, coordinateur de la campagne de François Hollande pour la primaire ; etc. etc.

Les réactions sont unanimes au PS.

Même Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, s’est dit « heureux pour M. Strauss-Kahn car il a subi une épreuve judiciaire particulièrement lourde », ce matin sur France Info.

Le ministre de la Défense Gérard Longuet s’exprimait lui aussi ce matin sur les ondes de France Inter : « Tant de compétences, de culture, de savoir-faire, de séduction méritaient mieux que cette très pénible affaire, qui reste une affaire collante. […] Sur le terrain des idées on l’écoutera toujours. Sur le terrain de la responsabilité politique, je pense que ce sera beaucoup plus dur pour lui. »

Un déni de justice ?

D’autres réactions moins positives vont dans le sens des déclarations à la presse de l’avocat de Nafissatou Diallo, Kenneth Tompson : « Le procureur de Manhattan Cyrus Vance refuse le droit à la justice d’une femme victime d’un viol. Il n’a pas seulement tourné le dos à une victime innocente mais aussi aux preuves physiques et médicales. »

Nordeclair.fr rapporte les propos de Françoise Hostalier, conseillère nationale de l’UMP chargée des Droits de l’homme et ancienne ministre : « Malgré les preuves matérielles reconnues scientifiquement attestant que la femme de chambre a subi une fellation avec violence de la part de M. Strauss-Kahn, le procureur, soi-disant indépendant, décide de ne pas poursuivre. »

Dans un communiqué daté du 23 août, Marie-George Buffet, députée PCF et ancienne ministre, a déclaré que cette décision du procureur Vance était « une mauvaise nouvelle pour la justice et pour les femmes […] La décision du procureur fait courir de grands risques au droit des femmes en revenant au temps où les victimes de viols étaient à priori coupables, au temps où le viol n’était pas considéré comme un crime. »

Pour l’association Osez le féminisme !, proche du PS, « la « crédibilité » des plaignantes, mot-clé des derniers mois, est en permanence remise en cause dans les affaires de viol. Or, nous le rappelons une fois encore, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise victime. Rien de ce qu’une femme a fait ou dit dans le passé ne devrait permettre de minorer la violence qu’elle a subie. Dans ce contexte, nous invitons tous les responsables politiques et commentateurs à la plus grande vigilance quant à leurs propos. Si la tentation existait dans les prochaines semaines de jeter le discrédit sur l’ensemble des victimes de viol, l’association Osez le féminisme ! ne manquerait pas de le dénoncer. »

L’affaire a fait réagir l’association Elu-e-s contre les violences faites aux femmes, appelant dès le 30 juin les élus de tous bords de signer la pétition « Toujours concerné-e-s ! » : « Nous en appelons à la responsabilité individuelle des responsables politiques que nous sommes, et dénonçons les solidarisations multiples de certain/es d’entre eux/elles avec des agresseurs potentiels ou avérés, soit au titre de la solidarité partisane, soit au titre d’une solidarité des élites (politiques, économiques, journalistiques, intellectuelles et culturelles). Ces comportements sont en contradiction totale non seulement avec les valeurs affichées et portées par les programmes de leurs partis politiques et défendues par eux/elles dans d’autres circonstances, mais aussi avec l’idée même de l’engagement et du mandat politique. »

Une plainte pour tentative de viol en France…

Dominique Strauss-Khan est-il blanchi pour autant ? Une levée des charges n’est pas un acquittement et pourrait apparaître comme un atout dans la manche des défenseurs de Nafissatou Diallo. Pour Laurence Neur, chroniqueuse de lepoint.fr « […] DSK, tenu de témoigner sous serment, […] devra affronter l’interrogatoire en bonne et due forme de Kenneth Thompson et Douglas Widgor. Donc, loin de s’apparenter à un acquittement et de signer son innocence, l’abandon des charges au pénal annonce le nouveau défi que devra relever DSK, du haut de sa victoire. »

De retour en France, une autre affaire attend DSK, ce que semble oublier, tout à sa joie, le parti socialiste. Tristane Banon a en effet porté plainte contre lui le 6 juillet 2011 pour des faits ayant eu lieu en 2003.

Sur Europe 1, Anne Mansouret, la mère de Tristane Banon, réagissant aux réactions de soulagement du PS, affirmait le 23 au matin « selon moi, il est présumé coupable de façon plus vraisemblable que Nafissatou Diallo est présumée manipulatrice et affabulatrice […] ».

Pour lemonde.fr, néanmoins, suite à la plainte de Tristane Banon pour tentative de viol – crime prescrit au bout de dix ans – les faits peuvent être qualifiés d’agression sexuelle – comme c’est souvent le cas dans les affaires de viol – délit prescrit au bout de trois ans seulement.

EGALITE

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