Société Scandale sexuel à la RATP : un système bien rodé qui durerait depuis des années

Une lettre anonyme a été envoyée le 22 juin dernier à la direction de la RATP et à l’ensemble des organisations syndicales de la Régie. Ce courrier dénonçait les agissements de cadres syndicaux de l’Unsa-Commercial de la RATP, notamment ceux d’un ex-dirigeant échangeant son soutien aux carrières des agents contre des faveurs sexuelles.

Nous avons consulté ce document et rencontré Olivier Cots, secrétaire du syndicat Sud-RATP, à l’origine de la saisine du tribunal de grande instance de Paris et qui a eu un premier contact étonnant avec certains membres de l’Unsa-Commercial début 2011.

L’union syndicale Unsa-RATP a vécu une crise interne, plus précisément au sein d’un de ses syndicats, l’Unsa-Commercial, qui a abouti à la désaffiliation de l’Unsa-Commercial, actée le 4 janvier 2011 (1).

Les membres exclus de l’Unsa-Commercial, contactent alors le secrétaire du syndicat Sud-RATP, Olivier Cots, connu pour son expérience concernant le règlement de conflits internes au sein de son propre syndicat. La rencontre se déroule le 5 janvier dans les locaux de l’Unsa-Commercial. A sa grande stupéfaction, Olivier Cots se voit proposer les services sexuels d’une jeune femme.

Trois ou quatre semaines après cette réunion, des agents de la RATP viennent lui parler de pratiques de harcèlements sexuels. Il rencontre également une femme élevant seule ses trois enfants, qui souhaite témoigner mais a peur de porter plainte.

Puis le 22 juin, une lettre ouverte, anonyme, est envoyée à Pierre Mongin, président directeur général de la RATP. Toutes les organisations syndicales de la RATP en reçoivent une copie.

La lettre anonyme émane en particulier d’agents du département SEM (Service espace maîtrise) RATP et met en cause nommément un ancien responsable de l’Unsa exclu le 4 janvier 2011, dit le Roi « à qui tout le monde doit obéir, les salariés comme les dirigeants ».
La lettre dénonce : « les agents subissent […] des violences physiques et morales, des agressions physiques et verbales, du harcèlement moral et sexuel. Les bureaux du syndicat au 19 boulevard de Sébastopol, dans le 1er arrondissement de Paris, étaient utilisés comme un hôtel de passe, sans compter des passages dans de vrais hôtels parisiens. Plusieurs femmes ont vendu leurs corps de manière contrainte pour obtenir un déroulement de carrière ou un service du syndicat. Les femmes qui ont refusé de coucher vivent une vie dure dans le département SEM […] Quant aux hommes, ils ont aussi une vie professionnelle très difficile dans ce département et dans notre entreprise […] Faut-il parler des soirées (de partouze ?) organisées de nuit dans les locaux du CSA (2) de certaines lignes […] ». S’ensuit la liste de noms de complices, témoins et victimes, dont certain-e-s ont quitté la RATP.

Ce même mois de juin, le Roi est promu, il est nommé agent de maitrise.

« Je suis affolé du nombre potentiel de personnes concernées »

Le secrétaire de Sud-RATP se rend chez l’avocat de Sud, qui dépose, le 13 juillet dernier, une plainte contre X avec constitution de partie civile aux motifs de proxénétisme, trafic d’influence, harcèlement moral et sexuel auprès du tribunal de grande instance de Paris. Olivier Cots affirme que le doyen des juges d’instruction Roger Le Loire est saisi par le parquet et que la plainte est recevable.

Dans la semaine qui suit le dépôt de plainte par le syndicat, la direction de la RATP mène une enquête interne. Mais pour Olivier Cots, « interroger les femmes concernées en dehors de tout accompagnement est contraire au droit du travail. Tout-e salarié-e a le droit d’être assisté-e par le salarié de son choix ». Il ajoute : « A ma grande surprise, la RATP envoie la lettre anonyme au procureur de la République et communique des éléments partiels de son enquête. »

« Le système était bien organisé. Je suis affolé du nombre potentiel de personnes concernées. Tout le monde était au courant de ces pratiques, nous explique le syndicaliste. Elles perduraient depuis au moins une quinzaine d’années, mais il n’y avait pas de preuves matérielles. Cependant, il y avait déjà eu une condamnation pour harcèlement sexuel au sein de l’Unsa et un licenciement dont j’avais eu connaissance. »

D’après Olivier Cots, au sein du SEM, tout était prétexte au chantage. Tout était prétexte à obtenir une gratification sexuelle : une embauche pour des stagiaires ou des femmes en contrat de qualification, une levée d’avertissement ou de sanction pour une femme qui avait une erreur de caisse ou qui était arrivée en retard plusieurs fois de suite, etc.

« On fera tout pour que l’affaire aboutisse à des condamnations et ne finisse pas en non-lieu », conclut Olivier Cots.

Hier matin, Sud-RATP a reçu l’appel d’une syndicaliste de Sud qui souhaite monter un collectif de femmes victimes de violences au sein de l’entreprise.

Caroline Flepp – EGALITE

(1) La désaffiliation sera entérinée par une ordonnance de référé du président du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, datée du 10 févier 2011.

(2) Contrôle sécurité assistance.