Société «Mademoiselle, la case en trop !», campagne contre une civilité désuète et sexiste

« Cela ne nous regarde absolument pas mais nous exigeons de savoir si vous êtes vierge, pas mariée, divorcée, veuve ou si vous faites seulement jeunette inexpérimentée… » Le ton est donné sur l’affiche, sous forme de formulaire administratif humoristique, de la campagne « Mademoiselle, la case en trop ! ».
Cette campagne lancée aujourd’hui par Osez le féminisme (OLF) et les Chiennes de garde vise à supprimer la civilité mademoiselle des formulaires administratifs ou privés.

En effet, seules les femmes ont droit à la double civilité. Les deux associations insistent sur le fait que les textes légaux garantissent aux femmes la possibilité de se faire appeler madame même si elles ne sont pas mariées. Or, la distinction est demandée pour réserver un billet de train, prendre une carte de fidélité, ouvrir un compte en banque ou payer ses impôts…

On pourrait se réjouir que pour une fois les femmes ont un bonus par rapport aux hommes, si la civilité mademoiselle ne renseignait pas autant sur leur vie privée voire leur activité sexuelle. Alors que tout au long de sa vie, un homme est toujours un monsieur et jamais un « mondamoiseau » ou un « jeune puceau ».

Une double civilité, qui, associée à la demande fréquente des formulaires d’indiquer le nom de jeune fille, révèle qu’une femme passe de la tutelle du père à celle de son mari. Les deux associations rappellent que la double civilité n’est plus obligatoire depuis l’abrogation en 1938 du code Napoléon, qui faisait des femmes des mineures à vie. Depuis cette date, toute femme majeure doit être appelée madame.

La civilité mademoiselle est donc un terme d’usage et non pas un élément de l’état civil.

Mademoiselle, une insulte au Québec

« Au Québec, ce terme témoigne d’une pensée si archaïque qu’appeler une femme « mademoiselle » garantit une claque en retour », explique sur leur site internet les Chiennes de gardes. La double civilité a été supprimée au Danemark, aux Etats-Unis et en Allemagne.

Alors pourquoi la garde-t-on encore en France ? Pour Julie Muret d’OLF, c’est « comme si le mariage conférait une valeur supplémentaire aux femmes. Alors qu’aujourd’hui le mariage relève d’un choix et de la vie privée, pourquoi encore définir les femmes en fonction de leur statut matrimonial ? »
Pour Marie-Noëlle Bas, des Chiennes de garde, « la double civilité dit des choses sur notre société. C’est une des nombreuses violences symboliques qui véhiculent des discriminations et dont on doit se débarrasser ».

Il est utile de rappeler que prendre le nom de son mari est aussi un usage. Après son mariage, une femme peut garder son nom et un homme prendre le nom de sa femme. Pour cette raison, les deux associations demandent aussi le retrait de la mention « nom de jeune fille » des formulaires.
Il serait plus simple d’établir une bonne fois pour toutes que les femmes et les hommes gardent leur nom tout au long de leur vie et que les formulaires demandent d’indiquer le nom d’usage : nom de femme mariée, nom d’homme marié, nom d’époux-se accolé, etc.

Pour cette campagne, le site madameoumadame.fr a été lancé aujourd’hui. En ligne donc, des informations, des vidéos et surtout des kits pour changer de civilité ou exiger le retrait de « la case en trop » et de la mention « nom de jeune fille » des formulaires auprès des administrations ou entreprises qui demandent encore la distinction madame/mademoiselle.

Voir une vidéo de la campagne :

« Deux circulaires et des textes existent. Il suffirait que le ministère de l’Intérieur prenne la décision de changer les formulaires. C’est pour cela que la campagne propose d’envoyer des lettres au ministère de l’Intérieur et celui de la Cohésion sociale, et des courriels aux député-e-s », dit Marie-Noëlle Bas.

« Les femmes pensent qu’elles sont dans l’illégalité si elle cochent madame alors qu’elle ne sont pas mariées, explique Julie Muret. Il est important de leur faire connaître leurs droits. Beaucoup de femmes se plaignent de ne pouvoir changer leur civilité, dans les banques notamment. Sur le site madameoumadame.fr, elles vont avoir tous les arguments pour le faire, accompagnés des textes et circulaires en vigueur dans les lettres types que nous proposons »

Catherine Capdeville – EGALITE