Chroniques Le blog de Patric Jean : Madame Aubry, je ne suis pas socialiste mais…

J’ai été invité à prendre le 21 septembre la parole au premier meeting parisien de Martine Aubry.

Elle avait choisi pour cette soirée le thème de l’égalité entre femmes et hommes.

 

Pour la première fois, je me suis engagé à soutenir une personnalité politique.

Voici pourquoi : je ne suis pas socialiste mais…

Madame Aubry,

Tout d’abord, je tiens à vous dire que je ne voterai pas pour vous.

N’ayant pas de passeport français, je n’aurai en effet pas cette opportunité.

Mais j’habite en grande partie en France, je travaille aussi en France et mes enfants sont français.

Vous comprendrez que je me sente impliqué dans la vie sociale et politique de votre pays.

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas socialiste. Je ne sais pas ce que je suis exactement, mais si je devais me situer sur l’échiquier politique, je le ferais sans aucun doute quelque part sur votre gauche.

Pour continuer, je ne crois pas non plus en la démocratie libérale, qui n’est pour moi qu’un ersatz ou une prémisse de démocratie.

Je crois donc encore moins au système présidentiel qui me semble incongru et obsolète.

Néanmoins, si vous ne deviez compter que sur les voix et la parole de celles et ceux qui partagent 100% de vos positions, vous ne seriez jamais élue, ni vous ni personne. Il est des moments où la gravité de la situation impose que l’on réfléchisse, que l’on échange, que l’on se rapproche, que l’on se rassemble.

Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut tout, tout de suite, ou bien rien du tout.

Il y a des femmes et des hommes qui souffrent et il n’y a aucune raison d’attendre un changement radical d’organisation de la société pour les soulager.

Vous l’aurez compris, parmi d’autres préoccupations comme la prison, la pauvreté, ou des problématiques culturelles, la question de l’égalité entre les hommes et les femmes me préoccupe comme tout le monde ici.

Et s’il est un sujet où il n’est pas nécessaire d’attendre les jours heureux où les richesses seront correctement réparties, où chacun aura sa chance et où le monde sera merveilleux pour pouvoir agir, c’est bien celui-là.

Vous le savez certainement mieux que moi, et pour ne prendre qu’un seul exemple, il y a, pour la seule ville de Montréal, autant de places dans les centres d’accueil pour femmes victimes de violences conjugales que dans toute la France.

Pas besoin d’attendre. Une volonté politique peut suffire à y remédier.

Pas besoin d’attendre non plus un changement radical de société pour rétablir tout ce qui a été détruit dans le domaine de l’avortement.

Pas besoin d’attendre pour légiférer sur l’égalité salariale.

Pas besoin d’attendre pour criminaliser les clients prostitueurs comme en Suède, avec les résultats positifs que l’on sait.

Pas besoin d’attendre pour inscrire dans les programmes scolaires dès la maternelle des notions telles que le genre, qui n’est pas une vue de l’esprit.

J’ai entendu, madame Aubry, les engagements que vous prenez sur différents thèmes dont celui de l’égalité entre les hommes et les femmes. Je serai de ceux qui diront et écriront, quand vous serez en place, que vous n’allez pas assez vite, assez fort ou assez loin. Conscient que d’autres, à votre droite, diront exactement l’inverse à votre encontre.

Mais connaissant votre parcours et votre intégrité, espérant que vous pourrez tirer la société française dans la voix de la justice, en tournant le dos à la régression qui a été mise en place depuis quelques années, j’appelle aujourd’hui à se rassembler autour de votre équipe.

J’appelle, madame Aubry, à voter pour vous lors des primaires du parti socialiste et lors des deux tours de l’élection présidentielle.

Pour conclure, j’ai entendu vos compétiteurs vous reprocher de ne pas avoir eu suffisamment le « désir du pouvoir ». Je suis surpris que l’on puisse formuler un tel reproche. J’ignore si c’est exact vous concernant mais si tel était le cas, et c’est un homme qui vous le dit, cela signifierait que comme personne politique vous êtes toujours socialisée comme une femme.

Et personnellement, je trouve cela extrêmement rassurant.

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