Culture En Bretagne, littérature et lutte des femmes ont rendez-vous au café

Ce n’est pas tout à fait un hasard si c’est dans un café-librairie, la Cour des Miracles à Rennes, que Lydie Porée et Patricia Godard nous donnent rendez-vous.

Les deux jeunes femmes, l’une archiviste, l’autre enseignante, travaillent sur un thème qui leur est cher : l’histoire des luttes féministes à Rennes dans les années 1970. Et c’est leur travail qui a donné l’envie à Sophie Neuville, présidente de la Fédération des cafés-librairies de Bretagne, d’organiser du 9 au 16 octobre la semaine « Libres en littérature, auteures et femmes de Bretagne ».

Durant toute la semaine, une quinzaine de lieux des quatre départements bretons proposent des rencontres, des lectures, des expositions avec des auteures bretonnes. Point d’orgue : le samedi 15 octobre à Quimper un débat cherchera à répondre aux questions suivantes : que reste-t-il à écrire ? Que devons-nous transmettre ?

Parce que Lydie Porée et Patricia Godard sont elles-mêmes engagées au sein de l’association Questions d’Egalité, elles ont voulu connaître et faire connaître l’histoire de celles qui les avaient devancées. Des aînées qui, avec beaucoup de modestie, se disent touchées de l’attention qu’on leur porte.

Après de nombreuses rencontres et l’accumulation d’une somme importante de données, Lydie et Patricia commencent à prendre du recul. « On observe que les combats des femmes ont changé en fonction de leur vie personnelle, disent-elles. Elles ont combattu pour la légalisation de l’avortement et pour la contraception. Ensuite, elles sont devenues mères et ont lutté pour défendre une naissance autrement et des crèches parentales. Elles étaient mamans de jeunes enfants au début des années 80, quand la gauche est arrivée au pouvoir, et leurs combats ont alors changé de forme. »

Avec un brin de désespérance dans la voix, les deux jeunes femmes reconnaissent que « le corps prenait beaucoup de place dans les revendications de l’époque mais on retrouve aussi tous les combats d’aujourd’hui. Sur l’égalité domestique, salariale et professionnelle, on n’a pas beaucoup avancé ! » Pourtant, les « fortes têtes » qui se battaient voilà quarante ans font encore l’admiration des féministes actuelles : « Aujourd’hui, on ne lâcherait plus un travail pour lutter comme elles l’ont fait ! »

Geneviève Roy – EGALITE

  • Fanny Raoul, une femme libre

  • « Les droits de la mère sont, ce me semble, aussi légitimes que ceux du père. » « Le concours des deux sexes est nécessaire à la formation et au maintien de la société » ou encore : « Rien n’est peut-être plus nuisible à la société que la différence établie dans la condition des hommes et des femmes. »
  • On ne peut qu’être d’accord, mais aussi s’étonner que de telles prises de position furent écrites en 1801 par une jeune bretonne de 30 ans, qui dut se battre pour faire éditer son ouvrage. Fanny Raoul, féministe avant l’heure, revendique une émancipation qu’elle juge légitime : « Née pour l’indépendance je n’ai point fléchi sous le joug honteux de l’opinion. »
  • Et bravant les résistances qui l’entourent, dont celle de son propre père, elle publie Opinion d’une femme sur les femmes, aujourd’hui réédité. Dans la préface, l’historienne Geneviève Fraisse salue dans cet écrit « un geste isolé, exemplaire, rare ».
  • Aujourd’hui, ce petit ouvrage mérite d’être (re)découvert pour apprécier le chemin qui reste encore à parcourir en termes d’égalité. Une égalité que Fanny Raoul croyait proche, elle qui écrivait voilà plus de 200 ans : « Dans un demi-siècle au plus tard [les femmes] auront recouvré leurs droits ou l’Europe sera retombée dans la barbarie. »
  • Opinion d’une femme sur les femmes, Fanny Raoul, éditions Le passager clandestin – présenté par Geneviève Fraisse, 7 euros ; et le 15 octobre à 15h à la librairie Livres in Room à Saint-Pol-de-Léon (Finistère), au cœur du débat « Roman, matriarcat et femmes en littérature », animé par la sociologue Emmanuelle Soun.

« Libres en littérature, auteures et femmes de Bretagne », du 9 au 16 octobre 2011 en partenariat avec la Délégation régionale aux droits des femmes. Télécharger le programme.
Le samedi 15 octobre, rencontre de 15h à 18h à l’auditorium de Quimper. Renseignements et réservations au 02 98 95 30 86.