Monde « Ennahda ne pourra pas revenir sur les acquis des Tunisiennes »

Khadija Cherif, secrétaire générale de la FIDH

Les résultats officiels des élections à la constituante en Tunisie sont attendus dans l’après-midi. Les estimations donnent la formation islamiste Ennahda largement gagnante.
Khadija Cherif est secrétaire générale de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Elle est membre de la Haute Instance qui a supervisé les élections. Elle a répondu aux questions de notre envoyée spéciale à Tunis.

Quelle est votre réaction après la journée électorale de dimanche en Tunisie ?

C’était magnifique ! Les Tunisiens et les Tunisiennes se sont mobilisés en masse pour aller voter. On estime que 90% des inscrits (*) sont allés voter. Et de nombreux électeurs non inscrits se sont déplacé-e-s également.

Les bureaux de vote étaient bondés, et malgré le soleil de plomb, les gens ont patienté sans se décourager pendant plusieurs heures pour participer à cette première consultation électorale libre et indépendante. Il y a eu certes quelques dérapages, mais pas d’incidents graves et cela ne devrait pas mettre pas en péril les résultats. C’est une première dans l’histoire tunisienne !

Quelle place pour les femmes dans ces élections ?

Nous n’avons pas de chiffres sur le taux de participation des femmes au vote de dimanche. Mais il suffisait d’observer les files d’attente devant les bureaux de vote pour constater que les femmes se sont largement déplacées, au moins autant que les hommes.

L’Association tunisienne des femmes démocrates (ATDF) avait mis en place une « caravane des femmes » pour les encourager à aller voter, particulièrement dans les régions reculées. Cette expérience semble avoir fait ses preuves.

De même, des associations, autour de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) avaient formé des femmes pour qu’elles soient observatrices des élections dimanche.

En revanche, en ce qui concerne les candidatures, hélas, c’est différent : on ne comptait que 6% de femmes têtes de liste.

Pourtant, la parité avait été imposée aux partis ?

Oui. Au sein de la Haute Instance, les féministes se sont mobilisées pour imposer cette parité des listes et l’alternance obligatoire des candidates et candidats. Ce fut d’ailleurs un débat passionnant. Il a fallu faire tomber les arguments qu’on nous opposait : « Il n’y a pas de femmes compétentes », « Les femmes ne veulent pas prendre ces responsabilités », « la victoire doit l’emporter sur des considérations de genre »

Le problème, c’est que seuls trois partis ont respecté les règles. Et un seul, le Pôle démocratique moderne (PDM) a appliqué le principe de la parité jusqu’au bout en nommant des femmes à la tête de la moitié des listes qu’il a présentées dans le pays.

Après les résultats très favorables au parti Ennahda, êtes-vous inquiète pour la situation des femmes ?

Je ne pensais pas qu’Ennahda serait si dominant. Je ne suis pas inquiète en ce qui concerne les acquis des femmes. Ils n’oseront pas revenir dessus car ce serait trop impopulaire. Mais je crains donc pour un certaine nombre d’avancées, par exemple en matière d’égalité salariale.

Ennahdha proposait notamment dans son programme de mettre en place une indemnité pour les femmes qui restent à la maison, afin de les y encourager, ou encore une incitation au travail à mi-temps.

Cela risque d’aller à l’envers de nos ambitions.

Propos recueillis par Claire Alet – EGALITE

 

(*) 51% des électeurs se sont inscrits pour participer à cette élection. Mais le vote a été également ouvert à tous les autres électeurs sur simple présentation de leur carte d’identité.