Sport Pour l’équipe féminine de l’OM, c’est un combat tous terrains

OM féminine. Photo du profil Facebook.

« Maman, je veux jouer à l’OM !
Manon, il n’y a pas de filles là-bas
Je m’en fous, j’y jouerai », a répondu, lorsqu’elle était plus jeune, Manon Dantin, l’actuelle gardienne de l’équipe féminine de l’OM.

Il en est un peu de même pour toutes ces jeunes femmes choisies pour porter les couleurs du club : très souvent, elles ont commencé à jouer avec des garçons. Les équipes de filles étaient rares, alors il leur a fallu s’accrocher pour ne pas se faire éjecter.

Et bon nombre d’entre elles affirment avoir su tout de suite, dès qu’elles ont « touché le ballon », comme elles disent, que ce serait ça et rien d’autre.

Ainsi quand on demande à Laetitia Mathieu, défenseure de 18 ans, si sa vie, ce sera forcément le football pro, elle lâche sans ciller : « Je vais tout faire pour ». On aurait tort d’en douter : elle a quitté les Vosges, sa famille, l’école, ses amis, pour s’installer dans cette ville qu’elle ne connaissait qu’à travers les images télévisées du stade Vélodrome. Et il lui reste encore à trouver un petit boulot, « n’importe quoi » qui lui permette de payer le loyer de son appartement.

Sa camarade Laura Gouy, 15 ans, est, quant à elle, logée en famille d’accueil pour pouvoir vivre sa passion. Les passionné-e-s qui les suivent sont les seul-e-s à oser le dire : jouer pour l’OM, ce n’est pas que du prestige. C’est aussi du sacrifice.

Déjà trois victoires implacables

Le club a tout de même sondé ses internautes via son site avant de sauter le pas en mai dernier. Pour 8% d’entre eux, il n’y avait aucune légitimité à créer une OM féminine et 8% d’OMnautes les traitent d’indésirables.

Est-ce blessant ? Joueuses et dirigeante, à l’unisson, déclarent ne même pas y prêter une oreille : « Quand on est une fille et qu’on veut jouer au foot, on apprend toute sa vie à doucement s’imposer. On s’imposera aussi à l’OM. »

Assister à leur entraînement est révélateur. L’équipe arrive par grappes : ça bise, ça glousse, ça papote et ça ragote comme dans n’importe quel joyeux cercle de filles. Mais dès que les pieds des joueuses touchent le terrain, leur autodiscipline et leur rigueur impressionnent. Leur réputation de jeu technique et concentré n’est pas un mythe. Et l’efficacité de l’équipe a déjà largement transpiré au cours de leurs premières épreuves : trois matchs, trois victoires, implacables : 10/1, 8/0 et 3/0.

Aujourd’hui le club peut donc s’enorgueillir de son choix. Mais le choix s’imposait. A l’heure où l’équipe de France féminine a racheté par ses performances en Coupe du monde les écœurements qu’ont suscité leurs homologues masculins. A l’heure où l’équipe féminine de Lyon remporte la Ligue des Champions, il semble que le vent tourne au pays du ballon rond.

D’autant que la Fédération française de football et la Ligue française de football s’accordent pour encourager par différentes mesures le développement de sections féminines, qui pourraient être rendues obligatoires pour les grands clubs d’ici trois ans.

C’est ainsi que le club phocéen, qui intitule encore aujourd’hui une de ses émissions TV« d’hOMme à hOMme », a mis sa virilité quelque peu en sourdine pour accueillir ses « wOMen ».

Soucis d’équité ou marché juteux ?

Particularité marseillaise : les femmes ne sont pas en reste quand il s’agit d’adopter le bleu et le blanc et de se rendre au stade en nombre.

Au-delà d’un souci d’équité, l’OM flaire peut-être donc aussi un marché qui pointe doucement le bout de son nez.

Après tout, l’opération s’avère sans risque aucun : l’implication financière du club, qui tournait avec un budget de 140 millions d’euros en 2010/2011, reste en effet assez sommaire. Les filles ne paient ni équipement ni licence, certes. Mais contrairement aux féminines de l’Olympique lyonnais, elles n’ont pas d’accès au centre de formation, elles ne sont pas hébergées, et elles n’ont aucun contact avec l’équipe pro masculine.

L’expérience le mois dernier du stade d’Istanbul (*) a révélé que le football pouvait s’ouvrir à un public de femmes. Reste encore à convaincre les aficionados masculins de porter leur regard sur des matchs jugés moins virulents, plus techniques et tactiques. Du beau jeu, par le beau sexe. Mais aussi soi-disant moins « spectaculaire » quand on interroge les récalcitrants…

Le combat des filles de l’OM se jouera sur deux terrains : l’un est tapissé de gazon, l’autre de représentations culturelles. Pour l’instant, elles gagnent en toute modestie sur le premier.
Reste à s’imposer sur le deuxième.

Terry Dupont – EGALITE Paca

(*) Le stade d’Istanbul a été fermé le mois dernier aux hommes et aux garçons de plus de 12 ans le temps d’un match pour pénaliser le comportement violent des supporters. Ouvert alors gratuitement aux femmes et aux enfants, le stade fut comble et l’ambiance fervente, mais sans violence. Source Le Monde.