Société « Nous voulons une loi-cadre contre les violences faites aux femmes »

Demain, les associations des droits des femmes seront une nouvelle fois dans la rue pour dénoncer les violences faites aux femmes. Violences multiformes, qui touchent de très nombreuses femmes de toutes générations et de tous milieux en France et dans le monde.

Affiche de la manifestation du 5 novembrePour la soixantaine d’associations, partis politiques, syndicats, mouvements qui appellent à la manifestation (1), la lutte contre les violences faites aux femmes est une lutte prioritaire pour atteindre l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Tous considèrent également que les violences ne sont pas du ressort du privé mais bien du ressort du public et demandent une réelle implication des pouvoirs publics.

Nous avons interrogé Suzy Rojtman, une des responsables du Collectif national des droits des femmes (CNDF), signataire de l’appel.

Pourquoi une manifestation nationale le 5 novembre ?

Une réunion unitaire, à l’initiative du CNDF, était organisée en juin dernier à la suite des différentes affaires d’agressions sexuelles du printemps dernier.

Il y a eu les affaires DSK, Tron et Mahéas. A cette occasion, on a vu apparaître une France assez clivée. D’un côté un sexisme que l’on n’imaginait plus, comme si le travail des associations féministes n’existait pas. Et d’un autre côté, il y a eu de nombreuses réactions, des féministes ont pu s’exprimer à la radio, à la télévision. Leur parole est passée.

Ensuite, nous étions inquiètes de l’application de la loi du 9 juillet 2010 sur les violences (2), qui est une avancée mais qui reste incomplète. Un comité de vigilance de cette loi a d’ailleurs été créé le 25 novembre 2010.

La nécessité d’appeler à une manifestation est alors apparue.

Quelles sont les limites de la loi du 9 juillet 2010 ?

Cette loi est appliquée de façon disparate dans les territoires. En Seine-Saint-Denis, par exemple, un département où existe un observatoire des violences faites aux femmes, il y a eu des ordonnances de protection des victimes. Ailleurs, dans d’autres départements, les ordonnances de protection arrivent trop tard ou pas du tout.

Il y a aussi un manque de formation des acteurs de justice, de sensibilisation du grand public, et encore beaucoup à faire pour que la loi soit appliquée.

Quelles sont les thématiques de cette manifestation ?

En toile de fond, ce que nous demandons c’est une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, comme en Espagne. Nous voulons une loi qui touche à tous les aspects des violences : la santé, l’éducation, la justice, le travail, la communication…

Nos revendications immédiates portent sur les articles retoqués au parlement lors des débats sur la loi de juillet 2010.

Tout d’abord, il faut mettre en place des campagnes d’information et de sensibilisation pérennes pour le grand public et une éducation non sexiste à l’école et au lycée. Je souligne que ce type de mesures reviendrait moins cher à l’Etat que la prise en charge des violences.

Les autres demandes portent sur la formation de tous les professionnel-le-s qui travaillent sur ces questions, le changement, dans le code pénal et le code du travail, de la définition du harcèlement sexuel afin que le loi française se mette en conformité avec la législation européenne et aussi une réelle politique de logements prioritaires pour les femmes en danger.

Pour les femmes étrangères victimes de violences, nous voulons la délivrance ou le renouvellement dans les plus brefs délais de leur titre de séjour et le statut de réfugiée pour toutes femmes demandant l’asile pour cause de violences

Enfin nous demandons la mise en place d’un observatoire national des violences comme il en existe ailleurs dans le monde.

Dans le cadre de la grande cause nationale 2010, la prostitution a été identifiée pour la première fois comme une des violences faites aux femmes. Avez-vous des revendications sur cette question ?

Oui tout à fait, nous exigeons l’abrogation du délit de racolage allant de pair avec une politique de pénalisation du client prostituer.

Le Strass et Act Up ont écrit à chaque signataire de l’appel à la manifestation pour souligner leur désaccord avec la pénalisation du client. Le CNDF n’a pas souhaité réagir à cette prise de position, qui va totalement à l’encontre de ses positions.

Le travail des associations qui luttent pour les droits des femmes est-il menacé aujourd’hui ?

Les associations féministes exercent des missions de service public. On doit se battre pour leur sauvegarde. Il y a un risque majeur aujourd’hui pour ces associations qui doivent répondre de plus en plus souvent à des appels d’offres et se retrouvent en concurrence avec des organismes privés.

Je pense aussi que les pouvoirs publics veulent diviser les associations. Pourquoi ainsi privilégier, lors de la dernières campagne contre le viol, le numéro 3919 de la Fédération nationale solidarité femmes et mettre de côté le Collectif féministe contre le viol, qui fait, lui aussi, depuis toujours un excellent travail. Ces deux associations, qui collaborent, sont complémentaires et non concurrentes.

Les moyens des associations sont en train d’être réduits et pour nous il n’est pas envisageable que l’Etat se désengage.

Quelles sont les actions prévues après le 5 novembre ?

La manifestation de samedi part de Bastille pour se rendre à Matignon. Nous avons demandé un rendez-vous au Premier ministre le jour de la manifestation pour lui exposer nos revendications, car les violences faites aux femmes concernent tous les ministères.

La grande cause nationale était une coquille vide. Le CNDF s’était imposé dans la grande cause, puis s’est retiré parce qu’il n’y avait pas de volonté politique de faire avancer la question des violences faites aux femmes. Moi qui lutte depuis près de 40 ans pour les droits des femmes, je suis très en colère.

Nous organisons les 3 et 4 décembre prochains des Etats généraux qui porteront sur le droit des femmes à disposer de leur corps, la famille, l’autonomie des femmes, l’extrême droite, les violences faites aux femmes, et les cultures, religions et luttes de femmes au niveau international. Nous rédigerons ensuite un cahier de doléances que nous soumettrons aux candidat-e-s à la présidentielle.

Propos recueillis par Caroline Flepp – EGALITE

(1) Signataires de l’appel : Collectif national pour les droits des femmes, Actit-Union des femmes socialistes, Agir contre le chômage, les Alternatifs, Alternative Libertaire, ANEF, Apel-Egalité, Association des communistes unitaires, Association Contre le Bizutage, Association Groupe Cadre de Vie, Association pour les Droits des Femmes du 20è, Association v.ideaux/teledebout.org, Atalante vidéo, Attac, CADAC, , Centre LGBT Paris Ile de France, CGT, Les Chiennes de garde, Collectif féministe Handicap, Sexualité, Dignité, Collectif féministe contre le Viol, Collectif Féministe « Ruptures » et Réseau Féministe « Ruptures », Collectif féminin masculin de Vitry, Collectif mixité CGT des Bouches du Rhône, Collectif région parisienne pour les Droits des Femmes, Comité de vigilance et de suivi pour l’application de la loi du 9 juillet 2010, Coordination lesbienne de France, DECIL : Démocratie et Citoyenneté Locale (Mantes la Jolie), Du Côté Des Femmes ( Cergy), FASTI, Elu-e-s contre les Violences faites aux Femmes, Europe Ecologie Les Verts, « Femmes libres » Radio Libertaire, Fédération nationale Solidarité femmes, Féminisme-enjeux Théâtre de l’Opprimé, Femmes solidaires, FIT, une femme, un toit, FSU, Garçes (groupe d’action et de réflexion contre l’environnement sexiste, Sciences po Paris), Gauche unitaire, Initiative des Femmes Kurdes en France, Initiative Féministe Européenne France, Inter LGBT, Intersyndicale CFDT-CGT SDFE, Lesbiennes of Color, Ligue des Droits de l’Homme, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Maison des Femmes de Montreuil, Marche mondiale des Femmes, MJCF, Mouvement Jeunes Femmes, NPA, Osez le féminisme,Paroles de femmes, Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Parti socialiste, Planning Familial, RAJFIRE, Socialisme et féminisme, SOS sexisme, Stop Précarité, UNEF, Union syndicale Solidaires.

(2) Loi relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants.