Les hommes, des féministes comme les autres « On vote des lois anti-discriminatoires et on ne les applique pas »

Marc Tarabella est député européen, membre du parti socialiste belge, il est l’un des rares membres masculins de la Commission des droits des femmes et de l’égalité des genres du Parlement européen. Il est féministe aussi bien dans le cadre de son mandat que dans sa vie familiale.

Marc Tarabella

D’où vient votre engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Je viens d’un milieu modeste, j’ai été élevé dans une famille classique, un père ouvrier et une mère agricultrice. Mais, j’ai toujours été sensible aux questions d’égalité entre les femmes et les hommes et j’ai toujours été choqué par les attitudes de certains hommes qui refusent d’accorder les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes.

Comment êtes-vous arrivé à la Commission des droits des femmes et de l’égalité des genres du Parlement européen ?

Lorsque j’ai été réélu député européen en 2009, j’ai été tenté par cette commission. Nous sommes 5 hommes pour 60 femmes et le président de cette commission est aujourd’hui un homme. Et j’ai eu cette chance, dès mon retour au Parlement, de travailler sur un rapport sur l’égalité des genres, adopté en février 2010. Marie Ramot, mon assistante, en a la maternité et j’en assume pour moitié la paternité.

Ce rapport a fait date au Parlement européen car il affirmait, entre autres, le droit des femmes à disposer de leur corps. Ce type d’amendement n’était pas passé depuis 2002. Je me souviens de l’intervention courageuse de Joanna Senyszyn, une députée polonaise. Mais il faut dire que dans mon groupe une Italienne a voté contre et une autre s’est abstenue. C’est un rapport dont je suis fier.

Quel est le regard des autres hommes sur votre engagement en faveur des droits des femmes ?

Mon arrivée dans la commission femmes du Parlement européen a bien fait rigoler les collègues masculins de mon assistante. Certains de mes collègues se moquent encore gentiment de moi, ce ne sont pas des railleries méchantes, ça les fait juste sourire.
Heureusement le Parlement est plus progressiste aujourd’hui, plus féminisé et rajeuni. Il comprend 35 % de femmes.

Mais le rapport m’a apporté une certaine crédibilité.

Au cours de vos responsabilités ministérielles antérieures, comment avez-vous mis en application vos convictions d’homme féministe ?

J’ai été ministre de la Jeunesse et de la Formation professionnelle de Belgique, de 2007 à 2009. J’ai participé à la lutte contre les stéréotypes dans les métiers. Par exemple, au sein de la Fédération des entrepreneurs de métiers techniques, j’ai favorisé l’ouverture aux femmes de ce type de métiers.

Je me souviens de cette femme qui s’est adressée à moi lors d’une fête pour me dire qu’elle avait commencé à suivre une formation de conductrice de bus scolaire. Lors de la formation, elle était seule parmi 39 hommes. Et le formateur l’a cassée, ridiculisée devant tout le monde, expliquant que c’était un métier d’homme et quelle n’avait rien à faire là. Elle a quitté la formation. J’aurais voulu intervenir en tant que ministre mais malheureusement cette femme ne m’a jamais rappelé.

Il y a eu aussi une visite dans un atelier de formation au métier de la soudure. Une des personnes présentes a enlevé son casque et je me suis aperçu, à mon grand étonnement, que c’était une femme. Je me suis alors senti piégé par les stéréotypes, car la soudure est bien sûr aussi un métier de femmes.

Au cours de mes différents mandats, j’ai rencontré de nombreuses femmes qui avaient dû renoncer à certains postes auxquelles elles auraient dû avoir accès.

En tant qu’homme politique, j’ai bien conscience que l’on vote des lois anti-discriminatoires et qu’on ne les applique pas.

Quelle est à vos yeux la bataille essentielle à mener aujourd’hui ?

Pour moi la lutte la plus fondamentale est celle contre les violences faites aux femmes. C’est un drame qui rejaillit d’ailleurs aussi sur les enfants.

Nous poussons les Etats membres à s’impliquer davantage. C’est l’Espagne qui en Europe a fait le plus en ce domaine avec une loi-cadre.

Je suis co-auteur d’une déclaration visant à faire de 2013, l’Année européenne contre les violences faites aux femmes. Nous voudrions mettre en place une vaste campagne qui comporterait des échanges de bonnes pratiques.

Il existe en Belgique, comme dans de nombreux pays, « la campagne du ruban blanc », une initiative d’hommes qui s’engagent contre les violences faites aux femmes. Je me sens proche de cette initiative car ce sont les hommes qui sont les responsables de ces violences.

Vous pensez-vous féministe dans votre quotidien d’époux et de père ?

Pour moi, il n’y a pas de différences entre les sexes. Au début de notre mariage, ma première femme qui est avocate, gagnait plus que moi, cela ne me gênait pas. Je connais de nombreux hommes qui ne l’auraient pas supporté. J’ai même été au chômage pendant trois mois et je faisais son secrétariat. Le soir, c’est moi qui faisais à manger.

Et puis avec mes enfants, j’ai un garçon et une fille, j’essaye d’être égalitaire.

Propos recueillis par Caroline Flepp – EGALITE