Les hommes, des féministes comme les autres « Je suis un féministe radical »

Daniel Mouriès est conseiller financier indépendant, il milite à Ni putes ni soumises depuis 2005 et à Osez le féminisme depuis 2010.

Daniel Mouriès

Qu’est-ce qui vous a amené à vous positionner aux côtés des femmes ? Vous dites-vous féministe ?

Ce qui me choque, c’est qu’il soit besoin de se déclarer et de se battre comme féministe ; et cela que l’on soit homme ou femme.

Ce positionnement est rendu nécessaire par nos sociétés humaines, qui, toutes de par le monde, sont malades de comportements systématiquement sexistes.

Sexisme ordinaire qui se pérennise dans nos sociétés dites « évoluées », dans lesquelles sévit toujours un patriarcat rampant ou affiché qui voudrait maintenir la femme dans un rôle de marchandise à disposition. Malgré des progrès depuis soixante ans, ce comportement patriarcal des hommes, qu’il soit pleinement conscient ou en grande partie inconscient, est un fait.

Le constat est désastreux : marchandisation sous toutes ses formes, harcèlement quotidien, professionnel ou non, discriminations, mariages forcés, excisions, séquestrations, meurtres «d’honneur »…

En définitive, le paradoxe de ma vie, de mes convictions féministes, c’est que j’ai dû faire un apprentissage « à l’envers». Un long cheminement m’a été nécessaire pour intégrer que nos sociétés dominées par les mâles pouvaient générer de tels comportements discriminants envers une grande moitié des individus qui les composent, à savoir les femmes.

La grande difficulté pour moi a été de parvenir à conceptualiser des comportements qui me sont étrangers et incompréhensibles, et donc à devoir me déterminer dans un comportement féministe.

Je me considère depuis de très nombreuses années comme féministe radical. Je suis un homme et suis chaque jour admiratif de la combativité des militantes féministes auxquelles je tente d’apporter mon soutien. Elles sont dynamiques, pleines de ressources et d’énergie, remarquablement intelligentes, naturellement ouvertes et tolérantes.

Dans leurs rangs, les trop rares hommes ne sont pas enfermés dans un statut d’hommes mais sont des féministes comme elles.

Mais, face à la lenteur des progrès de la cause des femmes, il me semble nécessaire de passer à des actions plus radicales pour en finir enfin avec des comportements que je considère comme étant définitivement à éradiquer.

Ma vision c’est que toute société qui ne prendra pas de décisions radicales, contraignantes, ne parviendra pas à sortir de ces comportements de violences intrinsèques à des sociétés incurablement patriarcales.

Oui, effectivement, je suis un homme féministe, c’est bien le moins que je puisse faire par solidarité avec des femmes si souvent maltraitées, humiliées. Un homme féministe que ne quitte jamais un sentiment de honte pour un genre au comportement honteux.

Quelle action menez-vous actuellement ou allez-vous mener prochainement en faveur d’une plus grande égalité entre les hommes et les femmes ?

Des campagnes contre le viol, contre l’homophobie.

Je suis aussi animateur de stages dans un projet porté par Ni putes ni soumises depuis 2009 pour aider des femmes victimes de violences à réintégrer le monde du travail. Ces ateliers ont pour objectifs la découverte des diverses réalités du monde professionnel, mais surtout réapprendre à ces femmes à s’exprimer et retrouver leur confiance en elles.

Quelle discrimination envers les femmes vous choque le plus ?

LA discrimination. Ce qui me choque le plus, c’est que la discrimination liée au sexe puisse même exister.

Mais s’il faut en citer une particulièrement, je citerais l’excision.

Pratiquée sur de toutes jeunes fillettes, elle les enferme déjà dans une condition sans espoirs d’objet formaté pour l’homme, avec pour seule perspective une vie d’enfermement, de douleur et de reproductrice.

Y a-t-il une femme qui vous a particulièrement marqué dans votre vie ?

Deux femmes alors, car elles sont indissociables : mes grand-mères qui m’ont donné un amour infini. Simplement tant d’amour !

EGALITE