Société Hypersexualisation des petites filles : les premiers constats de Chantal Jouanno

Chantal Jouanno

Chantal Jouanno

Chantal Jouanno a été chargée par la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale Roselyne Bachelot-Narquin de réaliser un rapport sur l’hypersexualisation des petites filles. Pour la sénatrice UMP, « face au développement d’une mode vestimentaire dérivant des codes adultes ou des événements de type Mini Miss, nous allons produire un rapport pour observer, analyser le phénomène, et voir quels outils nous pouvons mettre en place pour les parents, les éducateurs et les enfants ».

Attention, pas de renfort d’éducation sexuelle en vue. L’hypersexualisation n’a pas de lien majeur avec la sexualité précoce, au point que les spécialistes lui préfèrent le terme d’hyperérotisation. D’ailleurs, le rapport portera sur les 8-12 ans et peut-être jusqu’aux adolescents de 15 ans. Entre 8 et 12 ans, les enfants traversent l’âge de « l’attente », celui où ils ne sont pas encore entrés dans la période de construction sexuelle et ne doivent pas y être confrontés, selon les spécialistes interrogés par Chantal Jouanno.

L’idée consiste à prévenir plutôt que guérir : la sénatrice insiste sur le fait qu’il n’y a pas de dérive majeure en France et qu’il n’est pas question de tomber dans le contrôle social. Cependant, notre cher pays ne s’illustre pas non plus en matière de prévention. Au Canada, des campagnes sensibilisent les pré-ados et ados au phénomène d’hypersexualisation, au marketing opéré par les marques pour les pousser à consommer des produits inadaptés. Le Crioc Belge a également tiré la sonnette d’alarme et proposé des pistes de réflexion dans une étude réalisée en juin dernier.

Donner l’alerte concernant l’image des femmes

Les premiers résultats des recherches de Chantal Jouanno ne sont pas des plus rassurants, surtout concernant l’égalité femmes-hommes : « Les premiers travaux menés ont porté sur la presse pour enfants et adolescents. On constate une dérive lancinante, un recul de la logique d’égalité femmes-hommes dont je n’avais pas conscience, et un retour extrêmement fort du clivage hommes-femmes. »

La sénatrice a d’ores et déjà passé en revue la presse pour ados : « Il y a une image réductrice des femmes à qui on explique de nouveau que leur avenir se situe dans l’épanouissement familial et l’apparence sexy. Dans ces revues, on peut trouver, par exemple, des menus complets à réaliser pour toute la famille et on leur conseille de ne pas faire d’études trop longues. La valorisation intellectuelle est moins présente. »

Et les hommes ? Décrits comme des êtres dominés par leurs pulsions dans la presse pour jeunes filles, ancrés dans des stéréotypes de mâles dominants et forts. Chantal Jouanno se dit « scotchée » par de telles découvertes et ajoute : « Les féministes doivent se retourner dans leur tombe. A mon époque, on recherchait l’égalité avec les hommes. »

Mais, si les publicitaires jouent sur la volonté des plus jeunes de paraître plus vieilles qu’elles ne sont, les images des corps de femmes adultes ont souvent les courbes de ceux d’une adolescente : « On donne une image de jeune fille qui est inappropriée tant pour les petites filles que pour les femmes adultes. Dans ce rapport, je voudrais donner l’alerte concernant l’image des femmes », commente Chantal Jouanno.

Pour lutter contre le phénomène, la sénatrice entend bien interroger les modèles de notre société. Elle rencontre en ce moment des responsables de l’industrie de la mode, des psychologues, des enfants, pour mieux comprendre l’hypersexualisation des petites filles et proposer des outils adaptés. Parmi les recommandations du rapport pourraient bien figurer un label pour favoriser des images plus valorisantes, des campagnes pour lutter contre les clichés et surtout des opérations de sensibilisation pour faire prendre conscience du problème au plus grand nombre.

Louise Gamichon – EGALITE