Les hommes, des féministes comme les autres « Une amie m’a dit « mais tu es féministe, Chouchou ! » »

Olivier Roche, est attaché d’administration, auteur de la synthèse de l’actualité du Service des droits des femmes et de l’égalité (SDFE). Il est également élu de la CGT au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale.

Olivier Roche © Jacky Frenoy

Qu’est-ce qui vous a amené à vous positionner aux côtés des femmes ? Vous dites-vous féministe ?

Oui je me dis clairement féministe, ou pro-féministe pour nuancer la position. Mais la nuance féministe/pro-féministe pour les garçons (il y a débat chez certains) ne m’intéresse pas vraiment. J’ai toujours été positionné « aux côtés des femmes » pour reprendre votre expression. Depuis l’école élémentaire ! De la chance, on m’a bien éduqué… Mais je n’étais pas encore « féministe » au sens politique. Je le suis devenu récemment.

C’est une amie qui m’a dit un jour « mais tu es féministe, Chouchou ! ». Cela a raisonné dans ma tête… Une autre amie, barbue (*), m’en a remis quelques couches… L’important au départ ce n’est pas de se dire féministe… C’est juste de l’être, au moins un peu, de poser sa pierre sur le mur, d’écrabouiller le macho en soi, de s’engueuler avec ses potes sur le cas DSK…

L’important c’est un jour de rompre les amarres avec la domination masculine… Aucun homme ne peut dire qu’il n’a pas ça ancré quelque part au fond de lui ! Bon, pour certains, c’est pas gagné…

Après, cela doit devenir un enjeu politique. Là aussi, il y a du chemin à faire… Plus le temps passe, plus la rage monte en moi. J’ai presque envie de dire : « le féminisme n’a jamais tué personne, il ferait peut être bien de s’y mettre », mais cela ne serait pas très correct… En tout cas il y a vraiment des luttes qui se perdent !

Quelle action menez-vous actuellement ou allez-vous mener prochainement en faveur d’une plus grande égalité entre les hommes et les femmes ?

Dans mon travail quotidien j’observe, depuis maintenant six ans, la place et l’image des femmes (et des hommes !) dans la société et les médias ; les aberrations dans le monde du travail ; l’ampleur des violences faites aux femmes ici et ailleurs ; la somme incalculable des inégalités entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons…

Grâce à mon travail, j’ai découvert le mouvement féministe. J’ai vécu la grande bagarre pour sauver le Planning familial, les combats du Collectif national des droits des femmes et la naissance des nouvelles associations, la relève… Avec les libéraux au pouvoir, on assiste depuis quelques années à une remise en cause des acquis féministes. Il faut se battre pied à pied pour ne pas tout perdre.

L’égalité entre les femmes et les hommes, c’est le plus petit budget de l’Etat, les agents qui s’occupent de cette politique publique (que la France ne peut pas totalement abandonner car elle est liée par des engagements internationaux), des femmes pour la majorité, ne sont pas considérées, elles manquent de moyens, elles sont même maltraitées parfois…

Si les organisations syndicales n’étaient pas là pour taper de temps en temps du poing sur la table, la situation serait encore plus catastrophique. C’est là où je veux en venir : ce n’est pas de l’action que je mène dont j’avais envie de parler ! C’est de l’action que devrait mener l’Etat ! Et l’action que devraient mener les syndicats, même là on est bien loin du compte…

C’est en tant que représentant d’une organisation syndicale, que j’ai accepté de prendre des responsabilités au sein du bureau du Centre Hubertine-Auclert, le centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes, qui fait un travail remarquable. Pour essayer de faire bouger les choses au sein de nos organisations.

Quelle discrimination envers les femmes vous choque le plus ?

C’est le patriarcat qui me choque le plus, c’est la domination masculine, c’est toute l’histoire qui est choquante…C’est tout le système… Le peu de considération envers celles et ceux qui résistent… Tout le reste en découle.

Mais s’il faut répondre absolument à cette question, ce n’est pas une discrimination que je pointerais, ce sont les violences faites aux femmes qui me choquent le plus… Les violences sexuelles, le harcèlement, les agressions, le viol, la prostitution… L’expression « travail sexuel » me choque par exemple. Mais où en sommes nous rendus pour associer ces deux notions « travail » et « sexe » ?

Les allusions et comportements sexistes aussi me choquent… Surtout ce que les femmes n’entendent ou ne voient jamais, car uniquement proférées entre hommes, au bar du coin, dans des soirées ou des sur des forums de mecs, ça franchement ça me fout les boules…

La « réaction » enfin me fait enrager : les catholiques à genoux contre l’avortement, des films ou des pièces de théâtre ; les décérébrés de la « droite populaire » grognant contre l’enseignement du genre ; les vieux machos du PS ou les « bons amis » qui volent au secours de DSK ; les écrivains inconnus, les pseudo-philosophes et les journaux parisiens qui défendent la prostitution… Il y a vraiment de quoi entrer en colère !

Y a-t-il une femme qui vous a particulièrement marqué dans votre vie ?

Une figure historique alors, Louise Michel bien sûr, ou celle qui m’a formé au syndicat, Danielle Sallandre, ma mère spirituelle à la CGT : nos faits d’armes et nos congrès… Il faut également citer Maya Surduts, animatrice du Collectif national des droits des femmes (CNDF) ! Nos petits déjeuners, nos engueulades, nos larmes et nos rages…

Tout cela pour ne pas commencer par ma mère, Fanette Roche-Pézard, qui m’a donné le sens de l’image et des couleurs, et aussi celui de la laïcité, de l’amour et de l’égalité…

Ou toutes les autres femmes de ma vie : celles qui m’ont aimé, celles qui m’ont sauvé, celles qui m’ont pardonné… Ce sont les femmes qui m’ont marqué, toujours…

EGALITE

(*) Militante du collectif féministe La Barbe.