Non classé « La représentation des femmes dans les assemblées élues est bloquée »

L’association Elles aussi a élaboré un questionnaire relatif à la parité dans les instances élues qu’elle va prochainement adresser aux candidat-e-s à la présidentielle. Armelle Danet, la présidente de l’association, revient sur les raisons qui freinent la mise en place de la parité et sur les mesures qui la rendraient effective.

Armelle Danet

Vous allez d’ici peu interpeller les candidat-e-s à la présidentielle…

Oui, nous avons préparé un questionnaire que nous allons remettre très prochainement aux candidates et candidats. Nous publierons leurs réponses. Les questions portent sur la mise en œuvre de la parité au niveau de la gouvernance, sur l’amélioration des dispositifs législatifs et sur le développement d’une culture de la parité.

Comment jugez-vous la façon dont la question de la parité est traitée dans la campagne électorale ? Les médias s’y intéressent-ils ?

Les médias en parlent seulement quand les femmes se mobilisent. Ce fut par exemple le cas pour les investitures aux élections législatives où des candidates de différents partis ont exprimé leur colère car investies dans des circonscriptions non gagnables alors que des hommes étaient parachutés dans des circonscriptions gagnables, une pratique contraire à l’esprit de la loi où les partis devraient favoriser la mise en œuvre de la parité.

En 2012, que peut-on dire de la parité en France ? Quels sont les principaux freins ? Y a-t-il eu des avancées depuis la loi du 6 juin 2000 (*) ?

Bien sûr qu’il y a eu des avancées, principalement dans les conseils régionaux et les conseils municipaux des communes de plus de 3500 habitants (soit 10% des communes) au sein desquelles les conseils et les exécutifs sont paritaires. Il y a eu également une progression significative au Sénat, grâce au mode de scrutin mixte, mais la progression s’est arrêtée net en 2011.

A l’Assemblée nationale, la progression a été faible car les incitations financières n’ont pas eu l’effet escompté et que, sans contraintes, les partis majoritaires ne jouent pas le jeu au niveau des investitures : pas assez de candidates, des listes dissidentes avec des hommes têtes de liste, les femmes majoritairement investies dans des fiefs non ou difficilement gagnables.

Nous pouvons considérer qu’actuellement la progression de la représentation des femmes dans les assemblées élues est bloquée, que les réformes sont incomplètes, que l’esprit des lois a été détourné et que nous devrions même assister à une forte régression dans les futures assemblées territoriales de 2014. Des réformes s’imposent.

Quelles seraient les mesures à prendre pour faire avancer la place des femmes en politique ?

Les mesures sont connues, mais seule une véritable volonté politique permettra d’instaurer une démocratie paritaire. Des mesures sont à prendre dans trois domaines, qui sont liés : le choix des modes de scrutin, le cumul des mandats et le statut de l’élu-e.

Elles aussi préconise soit le scrutin proportionnel – listes paritaires – soit le scrutin binominal – un homme et une femme investis dans un territoire élargi –, deux modes de scrutin qui garantissent une représentation équilibrée. Toute autre formule sans contrainte de résultats ne fonctionnera pas.

Par ailleurs, il faudrait étendre le scrutin de listes paritaires bloquées aux communes de moins de 3 500 habitants – soit 33 000 communes et 81% des conseiller-ère-s.

Il faut renouveler les élites politiques, et donc faire de la place aux femmes, en interdisant le cumul des mandats simultanés et consécutifs, en particulier entre un mandat national et un mandat dans l’exécutif d’une collectivité territoriale.
Il faut faire cesser ce jeu où seuls les cumulards considèrent qu’ils sont les mieux placés pour remporter une élection. Il se crée des baronnies qui bloquent tout renouvellement. Le mandat ne devrait pouvoir être renouvelé qu’une seule fois.

Enfin, il faut un statut de l’élu-e plus incitatif : mieux compenser la perte de revenus quand on diminue ou arrête son emploi de salarié-e ou de travailleur-se indépendant-e pour exercer une fonction exécutive dans une commune ou une intercommunalité ; prendre en charge la garde d’enfants ou de personnes dépendantes quand cela est nécessaire ; puis, en fin de mandat, aider au retour à l’emploi ou à la reconversion professionnelle en prenant en compte les nouvelles compétences acquises lors de l’exercice du mandat.
Il faut favoriser la mobilité entre la vie professionnelle et la fonction d’élu-e, les deux s’enrichissant mutuellement.
En dernier lieu, les partis politiques doivent grandement améliorer leurs pratiques pour attirer davantage les femmes et mettre en œuvre la parité dans leurs instances.

Propos recueillis par Caroline Flepp – EGALITE

(*) Loi introduisant la parité dans les scrutins de liste pour les communes de plus de 3500 habitants et pénalisant financièrement le non respect de la parité dans les scrutins législatifs.