Non classé Eva Joly pour une société sans stéréotypes, non pour un simple rattrapage des inégalités

Eva Joly au meeting de Grenoble, le 12 avril 2012 © Xavier Cantat

La candidate d’Europe Ecologie-les Verts revient sur ses propositions pour construire l’égalité entre les femmes et les hommes : parité, création d’un ministère de l’Egalité entre les femmes et les hommes et d’un observatoire national de lutte contre les violences sexistes, abolition du délit de racolage…

Eva Joly au meeting de Grenoble, le 12 avril 2012 © Xavier Cantat

Eva Joly au meeting de Grenoble, le 12 avril 2012 © Xavier Cantat

Dans votre équipe de campagne, il y a 37 femmes pour 49 hommes et les postes stratégiques ont plutôt été attribués à des hommes ? Les femmes n’ont-elles pas un rôle essentiel à jouer dans la préservation de la planète ?

Vous avez raison, avec 43% de femmes dans mon équipe de campagne, nous sommes un peu en deçà de la parité. A Europe Ecologie-les Verts, vous le savez, notre objectif est d’atteindre une parité de résultats dans tous les domaines. Sur un plan politique, nous avons déjà atteint cette parité au Sénat et bientôt à l’Assemblée nationale. Et les militantes et militants écologistes n’hésitent pas à élire des femmes pour les représenter, que soit comme secrétaire nationale ou candidate à l’élection présidentielle.

Nous œuvrons à ce que cette parité puisse être effective partout où nous investissons nos compétences, qu’il s’agisse de transition énergétique, d’environnement, d’économie, de logement ou d’égalité femmes-hommes. C’est souvent, déjà le cas. Dans mon équipe, de nombreuses expertes, souvent jeunes – j’insiste sur cette volonté de faire entrer en politique de jeunes talents –, sont présentes, visibles et en responsabilité sur toutes les thématiques que j’ai développées pendant cette campagne.

De fait pour ce qui est des postes stratégiques, la répartition des responsabilités est très large et la voix des femmes est extrêmement présente et entendue, qu’il s’agisse de Cécile Duflot ou de Dominique Voynet au niveau national, ou de l’ensemble de nos élues dans toute la France, comme au Parlement européen.

Mon programme a des objectifs ambitieux. Et il ne s’agit pas uniquement de « rattraper les inégalités » entre les femmes et les hommes à travers des critères chiffrés. La parité est une étape importante, qu’il faut veiller à instaurer partout et rapidement. Mais ce que je préconise est à la fois plus large et plus profond. Cela passera par une transformation majeure de la société, fondée sur une égalité réelle entre les femmes et les hommes et la fin des stéréotypes de genre.

Le 7 mars dernier à la Cigale, vous avez expliqué que les femmes sont les victimes de la prostitution et qu’à titre personnel vous étiez contre la criminalisation des clients même si vous vous disiez prête à en discuter. EELV n’a pas arrêté de position sur la prostitution. A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, sur un sujet aussi important, votre opinion est-elle toujours la même ?

Ces deux points ne sont en aucun cas contradictoires. La position de notre formation politique sur la question de la prostitution est abolitionniste et c’est également la mienne. Mais en ce qui concerne le projet de loi abolitionniste à l’Assemblée nationale, il existe un point sur lequel notre mouvement politique n’a pas pris de position : la pénalisation des clients du système prostitueur. Ce point ne fait pas l’objet d’un consensus à EELV et même si la prostitution constitue à mes yeux une violence en elle-même, qui touche par ailleurs très majoritairement des femmes, je fais partie de celles et ceux qui pensent que cette mesure entraînerait des risques accrus pour la sécurité des personnes prostituées. Mais, comme je l’ai dit le 7 mars, je reste ouverte au débat sur ce sujet.

C’est d’ailleurs pour cela que j’abrogerai la loi sur la sécurité intérieure (LSI), qui stigmatise et pénalise les victimes en faisant des personnes prostituées des délinquant-e-s, et toutes les mesures de répression, d’éloignement et de stigmatisation. Mon objectif est également de garantir une reconversion effective à toutes les personnes prostituées qui le souhaitent quelque soit leur statut : régulier ou non. Nous régulariserons toutes les personnes prostituées qui le souhaitent sans contrepartie, afin de pouvoir protéger effectivement les personnes prostituées des réseaux de la traite. En effet, la lutte contre les réseaux de proxénètes doit rester une priorité pour laquelle nous engagerons des moyens d’enquête et de justice permettant de les sanctionner durement, et mettrons en place des campagnes de sensibilisation en direction des clients.

Allaitement de longue durée, couches lavables… N’y a-t-il pas une tendance chez certains écologistes qui peut être vue comme une régression en termes de liberté pour les femmes ?

Tout comme la transition énergétique que nous proposons n’est pas synonyme de retour à la bougie, nous avons pour ambition de redéfinir les modalités de notre vivre ensemble à travers un nouveau modèle sociétal, qui s’inscrive dans une logique de construction égalitaire, durable et aussi respectueuse des femmes et hommes qui la composent que de l’environnement au sein duquel elles et ils interagissent.

Pour répondre plus directement à votre question je ne souhaite pas que l’écologie soit réduite à une image d’austérité ou de pulls qui grattent. Sur l’allaitement j’insiste sur la notion de choix, qui doit être respecté, quel qu’il soit ! C’est-à-dire faciliter les possibilités pour les mères qui allaitent mais aussi garantir la possibilité de ne pas le faire : pas d’injonction à l’hôpital ou de pression sociale. Chacune et chacun a son libre-arbitre et doit vivre l’écologie comme elle ou il l’entend, dans le respect des autres. Je rappelle par ailleurs que l’écologie féministe n’est en aucun cas pour moi synonyme d’essentialisme, ce qui aurait des effets très pervers pour l’égalité et la liberté des femmes.

Pour atteindre cet objectif d’égalité réelle et de liberté, mon programme propose de nombreuses mesures, notamment le partage du pouvoir et des richesses, l’égalité réelle des salaires et la lutte contre la précarité des femmes ; des dispositions pour garantir la liberté à disposer de son corps et combattre l’ensemble des violences sexistes ; et l’invention d’un nouveau modèle sociétal avec la fin de la spécialisation des rôles via un plan de lutte contre les stéréotypes de genre.

Dans la série des mesures proposées sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes, quelle est celle qui vous semble prioritaire ?

Tout doit être mené de front et c’est la raison pour laquelle je souhaite la création d’un ministère de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Une des premières missions de ce ministère sera de porter auprès du Parlement dès 2012 un projet de loi-cadre contre les violences faites aux femmes afin de suppléer aux insuffisances de la loi de 2010. Cette loi-cadre, que nous souhaitons co-construite avec les associations mobilisées contre les violences faites aux femmes intégrera un large volet préventif ainsi qu’un volet permettant d’améliorer l’accompagnement des femmes victimes de violences. Nous créerons également dès 2012, un observatoire national de lutte contre les violences sexistes qui aura un rôle d’évaluation et de préconisation en la matière.

Comment vivez-vous la campagne en tant que femme ?

Dans notre société, il y a encore un grand chemin à parcourir avant d’atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes. Comme cela avait été le cas déjà pour Ségolène Royal en 2007, j’ai le sentiment d’un procès permanent en incompétence.

Je pense aussi qu’un certain nombre de critiques qui m’ont été faites, je pense notamment aux commentaires sur mon aspect, sur ma façon de m’habiller, aurait choqué n’importe qui si elles avaient été adressées à un homme. Est-ce qu’on oserait dire de François Bayrou qu’il s’habille comme un professeur de sciences nat ?

Il y a eu pendant cette campagne de nombreux commentaires discriminatoires qui m’ont renvoyée à mon sexe et à mon âge. C’est une discrimination assez invisible et sournoise. Alors je voudrais vous dire à ce sujet, que je suis fière d’être une femme de 68 ans dans cette campagne, pour montrer qu’on peut être une femme active, dynamique et en responsabilité et que la vie ne s’arrête pas avec la ménopause.

Propos recueillis par Anne-Lise Lebrun – EGALITE

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