Culture Artemisia, peintre libre de la Rome du XVIIe siècle

artemisia-cleopatre-350-fon

 

Cléopâtre, 1635 © Collection particulière

Qui a dit que les femmes peintres n’ont fait que des œuvres mineures? Que ce soit par le format des tableaux, le choix des thèmes ou la maestria du pinceau, Artemisia Gentileschi (1593-1654) fait mentir les à priori. Fille du célèbre artiste Orazio Gentileschi dont elle fut l’élève, elle fut malgré son sexe l’une des peintres les plus apprécié-e-s de son époque et l’exposition que lui consacre le musée Maillol aujourd’hui à Paris lui rend un juste hommage en la tirant de l’oubli.

Déjà, en 1997, le film d’Agnès Merlet nous avait fait découvrir le destin de cette femme à la forte personnalité qui, violée à18 ans par un collaborateur de son père, avait réussi à faire condamner son agresseur lors d’un procès retentissant.

Mariée, elle mettra ensuite au monde quatre enfants tout en connaissant un succès grandissant dans l’Italie du XVIIe siècle. Reconnue à Rome aussi bien qu’à Naples ou à Florence, sa réputation traversera les frontières puisqu’elle peignit pour la cour d’Espagne ou le roi d’Angleterre avant de mourir de la peste.

Formidable destin donc que celui de cette artiste qui eut à une époque son propre atelier où travaillaient de nombreux assistants comme il était de coutume. Fille de son père et bénéficiant de son soutien, elle commença, comme lui, à peindre sous l’influence du grand Caravage dont l’histoire de l’art n’oublia pas le nom.

Mais ce qui frappe aujourd’hui lorsqu’on contemple son œuvre, c’est, plus que les influences de l’époque, le caractère qui s’en dégage : outre la taille impressionnante des tableaux, la force des personnages en mouvement croise une vitalité dont on ne peut que deviner qu’elle était celle de l’artiste elle-même.

Si les sujets tirés de l’Antiquité ou de la religion catholique peuvent sembler un peu trop classiques à notre goût contemporain – Samson et Dalila, allégorie de la peinture ou portrait de la déesse Minerve – on ne peut rester insensible aux regards qui s’échappent du cadre de la toile en en libérant l’espace, aux figures en perpétuelle action, à la présence, enfin, des drapés et des couleurs chatoyantes qui, par-delà les siècles, viennent brosser le portrait d’une indomptable.

Moïra Sauvage – EGALITE

Artemisia
Musée Maillol
59-61 rue de Grenelle, Paris 7e
ouvert tous les jours de 10h30 à 19h, jusqu’au 15 juillet.