Culture Fanny Cottençon : « La sélection de Cannes ignore trop souvent les films de femmes »

Fanny Cottençon (profil Facebook)

Le 11 mai dernier, Coline Serreau, Virginie Despentes et Fanny Cottençon signaient, à l’initiative du collectif féministe La Barbe, une tribune dans Le Monde dénonçant l’absence de films de femmes dans la sélection officielle 2012 du Festival de Cannes.
Fanny Cottençon a répondu à nos questions.

Fanny Cottençon (profil Facebook)

L’année dernière quatre films de réalisatrices faisaient partie de la sélection officielle en compétition pour la Palme d’or du festival de Cannes, cette année aucune. Vous avez signé une tribune dans Le Monde, à l’initiative du collectif féministe La Barbe qui le dénonce, pourquoi ?

Il faut regarder le nombre de films de femmes sélectionnés et le nombre de ceux qui ont eu la Palme, non pas sur deux ans, mais depuis la création du festival.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on a au maximum 20% des films sélectionnés réalisés par des femmes, comme ça a été le cas en 2011, où quatre films de femmes ont été sélectionnés (*). Les autres années, les chiffres avoisinent plutôt zéro que vingt.

Il y a un vrai problème, à l’image de la société : c’est le reflet de ce qui se passe dans le monde, notamment sur la place des femmes dans la culture. Les pourcentages entre les hommes et les femmes dans le milieu culturel en général sont eux aussi édifiants.

Je pensais qu’en parler au moment du Festival de Cannes était assez intéressant car c’est un éclairage sur un état de fait, sur la fameuse « discrimination positive » à l’égard des hommes !

A ce propos, que pensez-vous de la réaction à votre tribune de Thierry Frémaux, délégué général du festival, qui reconnaît que le problème de la place des femmes dans le cinéma est bien réel mais estime que le Festival de Cannes n’est ni le lieu ni le moment de le poser ?

Y a-il un meilleur moment pour parler de ce problème justement alors que le cinéma fait l’actualité ? Bien sûr que c’est le moment ! Evidemment, monsieur Frémaux plaide pour sa chapelle et cette histoire ne lui plaît pas, mais c’est normal !

Il y a aujourd’hui de plus en plus de réalisatrices femmes mais le milieu du cinéma semble encore dominé par les hommes…

Bien sûr, je pense qu’au niveau des sélectionneurs du festival il devrait y avoir un peu plus de femmes. Je ne pense pas qu’actuellement il y en ait énormément. Le milieu reste extrêmement machiste.

Le problème est surtout que les femmes réalisatrices ont du mal à réaliser leurs films. Beaucoup d’exemples récents ont prouvé pourtant qu’elles peuvent en faire d’aussi excellents que ceux des hommes.

Il y a très peu de films de femmes qui sont réalisés dans le monde. Il est important d’en parler pour éveiller les consciences et pour que les femmes aient autant de chances de réaliser des films que les hommes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Par ailleurs, il y a toujours eu plus de rôles d’hommes que de rôles de femmes, mais en même temps cela vient aussi des histoires que l’on choisit de raconter. Je pense que si l’on avait plus de réalisatrices on aurait plus de personnages de femmes.

Et même si les femmes ne parlent pas forcément des femmes, leurs films nous proposeraient un regard différent…

Propos recueillis par Marina Corvillo – EGALITE

(*) Sleeping Beauty, de Julia Leigh, Polisse, de Maïwenn, We Need to Talk About Kevin, de Lynne Ramsay, Le Complexe du castor, de Jodie Foster.