Société La force du sexe faible

Détail de la couverture de Guerrières – A la rencontre du sexe fort.

Détail de la couverture de Guerrières  – A la rencontre du sexe fort.

Détail de la couverture de Guerrières  – A la rencontre du sexe fort.

Dans l’artillerie des images simplistes, les femmes n’ont guère le choix : soit elles appartiennent au sexe faible, soit elles « en ont » et se voient accusées d’une violence quasi pathologique.

Aller au-delà des caricatures, c’est l’objectif de Moïra Sauvage dans un remarquable essai, Guerrières – A la rencontre du sexe fort, qui vient de sortir chez Actes Sud.

A travers une enquête internationale d’une grande exhaustivité, l’ouvrage nous fait découvrir tous les combats qui témoignent de la force des femmes, dans les luttes armées autant que dans le quotidien.

Les femmes qui prennent les armes ont les mêmes motivations politiques et idéologiques que les hommes. On pourrait croire qu’elles accèdent ainsi, par leurs actions combattantes, à une certaine égalité et une plus grande liberté. A travers des exemples d’hier et d’aujourd’hui, Moïra Sauvage étudie l’engagement de ces femmes de l’IRA, du Nicaragua auprès des sandinistes, des guérilleras du Sri Lanka, de Palestine ou du Sierra Leone.

Mais le courage et la détermination de ces femmes ne leur garantit rien d’autre qu’un retour à leur statu quo antérieur à la fin du conflit : participer activement à la lutte de son pays n’empêche pas de se retrouver ensuite dans sa cuisine !

L’exemple de Tsahal, la célèbre armée israélienne, confirme bien ce constat : les femmes y sont très nombreuses mais elles sont touchées par la même ambivalence que partout ailleurs, principalement affectées à des postes de soins et d’éducation réservés depuis toujours aux femmes.

Couverture de Guerrières – A la rencontre du sexe fort.Mais cette étude ne se limite pas aux femmes engagées dans des conflits et les guerrières ne font pas toutes la guerre. L’ouvrage présente aussi toutes les pionnières qui embrassent aujourd’hui des métiers jusque-là réservés aux hommes : dans la police et dans l’armée où, presque partout dans le monde, elles sont intégrées en nombre, à la direction du Pentagone ou aux commandes du Tigre, le plus gros des hélicoptères français, dans les sports de combat.

Moïra Sauvage évoque aussi toutes ces militantes qui se sont battues, parfois au sens strict, pour les droits des femmes. Elle rappelle le combat des suffragettes, celui des « avorteuses » du MLAC, qui ont accéléré l’évolution législative, conduite par des hommes jusque-là peu pressés d’accorder des droits aux femmes.

Ce qui transparaît de cet essai, c’est la force des femmes. Pas seulement celle des femmes engagées dans les luttes que l’histoire retiendra, mais aussi celle des femmes dans l’adversité quotidienne. Ces luttes qu’elles mènent jour après jour, sans kalachnikov, sans rouler des mécaniques non plus. Juste parce qu’elles ont l’aplomb et la constance de la détermination.

Un essai très documenté qui analyse avec chaleur et maestria cette force qui fait notre force à toutes, et qui nous régale de tous nos faits d’armes, inscrits dans nos histoires et dans l’Histoire.

Danielle Michel-Chich – EGALITE

Guerrières ! A la rencontre du sexe fort, de Moïra Sauvage, Actes Sud, mai 2012, 307 pages, 22,50 €.

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