Société Un portable d’urgence pour lutter contre les violences conjugales

Portable d'urgence

Portable d'urgence

Après avoir été expérimenté dans deux départements, le Bas-Rhin et la Seine-Saint-Denis, le dispositif « Femmes en grand danger » voit le jour à Paris. Il est le résultat d’un travail de partenariat entre le procureur de Paris, le tribunal de grande instance de Paris, la préfecture de police de Paris, la région Ile-de-France, le centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) de Paris, Mondial Assistance et Orange.

Ce projet d’un coût de 49 000 €, financé à hauteur de 14 570 € par la région, permettra d’attribuer des téléphones portables d’urgence à des femmes victimes de violences conjugales.

Dès aujourd’hui, 15 téléphones seront mis à disposition et attribué pour une durée de 6 mois, renouvelable une fois, à des femmes repérées comme étant en grand danger. Remis sur décision du parquet de Paris, après une évaluation du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), les téléphones seront connectés à un circuit dédié.

En cas de menace, la victime n’aura qu’à appuyer sur l’une des touches du téléphone pour être mise en relation avec un opérateur de Mondial Assistance, formé spécialement pour le dispositif, qui pourra si besoin déclencher l’envoi des forces de police.

D’autres numéros préenregistrés permettent également aux femmes de dialoguer avec des associations. Une écoute est ainsi disponible via ce téléphone auprès du CIDFF, de l’association Halte-aide aux femmes battues ou du bureau d’aide aux victimes du tribunal de grande instance. Car l’un des points importants de ce dispositif est de pourvoir accompagner les victimes dans leur vie sociale et professionnelle.

Ce projet, inspiré du système mis en place en Seine-Saint-Denis par l’Observatoire des violences faites aux femmes depuis trois ans, répond à une politique intégrée des femmes victimes de violences, menée par le maire de Paris, Bertrand Delanoë depuis 2001 et notamment mise en œuvre par Fatima Lalem, adjointe chargée de l’égalité femmes-hommes.

En France, une femmes meurt sous les coups de son conjoint tous les 2,5 jours

Aujourd’hui, en France, une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint. Pourtant, seulement 9% des femmes portent plainte.

Selon Bernard Boucault, préfet de police de Paris, 1951 plaintes et procès-verbaux pour violences conjugales ont été déposés dans la capitale en 2011.

Les études sur quelques cas de féminicides menées par l’Observatoire des violences de Seine-Saint-Denis ont révélé qu’une partie des femmes victimes auraient pu être sauvées si elles avaient pu appeler du secours. « Il faut avoir à l’esprit qu’une femme qui subit des violences et qui ne bénéficie pas de la protection adéquate est une proie pour son agresseur », souligne Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement.

L’initiative parisienne a été saluée par la ministre, qui a rappelé l’importance du rôle à jouer pour le service public : « L’Etat doit capitaliser sur les réussites locales. C’est ainsi qu’il participera à la consolidation d’un service public, que je sais aujourd’hui en souffrance et qui, disons le mot, est encore trop souvent défaillant ».

Les initiatives locales ne sont donc qu’un premier pas vers l’extension d’un tel dispositif. A ce titre, Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, rappelait la nécessité de développer des opérations ciblées à l’égard de ces femmes : « Il faut peut-être aller plus loin en attribuant une partie de nos contingents de logements sociaux en particulier à des femmes victimes de violences conjugales ».

Renforcer la politique pénale

Le téléphone d’urgence apparaît comme un outil supplémentaire dans la lutte contre les violences faites aux femmes. « Nous avons une politique pénale particulièrement offensive à l’égard des violences au sein du couple », précise François Molins, procureur de la République de Paris. Ainsi, le téléphone n’a pas fonction à remplacer la protection judiciaire qui existe déjà, c’est un « outil dédié », ajoute-t-il, puisqu’il ne sera remis qu’aux femmes déjà séparées de leur conjoint.

Ce dispositif permettra aussi de renforcer les ordonnances de protection qui, selon la ministre, « ne sont aujourd’hui purement et simplement pas entrées en vigueur » dans certains départements. Assurant qu’il faudra garantir « le décollage » de ces ordonnances, elle a confirmé la création d’un Observatoire national des violences envers les femmes pour l’automne prochain afin que « les violences sexuelles faites aux femmes ne soient plus le silence assourdissant de la République ». Najat Vallaud-Belkacem, s’interroge également sur l’expérimentation des bracelets électroniques permettant une protection anti-rapprochement, qui, aujourd’hui ne sont pas réellement utilisés.

L’énergie déployée par les différents partenaires montre une réelle prise de conscience des violences faites aux femmes. Un travail conjoint, qui dès aujourd’hui devrait permettre à quelques femmes de retrouver confiance en elle.

D’après les chiffres de la mairie de Paris, plus de 45 000 victimes n’osent pas porter plainte dans la capitale.

15 téléphones pour l’instant, 36 à 40 d’ici la fin de l’année, le moyens déployés sont encore restreints.

Il faudra certainement attendre quelques mois avant de pouvoir tirer un bilan de cette expérimentation. En attendant, il faut aussi sortir de l’ombre celles qui n’ont pas encore osé porter plainte…

M C – EGALITE