Portraits Geneviève Couraud ne cumule pas les mandats mais les combats

Nous avons rencontré Geneviève Couraud, présidente de l’Observatoire du droit des femmes et de l’égalité des chances du conseil général des Bouches-du-Rhône.

Au titre du Planning familial – elle est membre du bureau confédéral –, elle siège depuis juin 2010 à l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes.

Par ailleurs, Geneviève Couraud est depuis peu secrétaire générale de l’Assemblée des femmes, créée par Yvette Roudy, ainsi que de l’association Negar, créée par Shoukria Haïdar pour soutenir les femmes afghanes.

Elle est aussi vice-présidente de l’association Elu-es contre les violences faites aux femmes, présidée par Francine Bavay. Elle est conseillère d’arrondissement dans le 8e secteur de Marseille.

Nous avons voulu entendre une militante féministe de longue date et une femme politique sur la création d’un ministère des Droits des femmes avec à sa tête Najat Vallaud-Belkacem. « Je trouve très bien que l’on ait nommé quelqu’un de jeune, de volontaire et de dynamique sur le poste, et qui n’a pas peur de communiquer. Tous mes vœux l’accompagnent. »

Mais Geneviève Couraud ajoute : «J’espère que la double fonction avec le porte-parolat, qui a des aspects positifs car cela la met dans la lumière, ne l’empêchera pas d’avoir une parole de ministre des Droits des femmes qui forcément, à un moment ou à un autre, sera amenée à ne pas faire plaisir. » Et d’espérer que son cabinet sera assez pugnace sur la question des moyens financiers.

Mais il y a déjà des signes très positifs souligne-t-elle, notamment le fait que les réseaux associatifs aient été reçus.

Le « dossier parité » dès 2004

Les combats justement. Celui de la parité, par exemple, qui est le sujet politique qui mobilise le plus Geneviève Couraud. Alors déléguée aux Droits des femmes au parti socialiste depuis 1998, elle demande à François Hollande, dès septembre 2004, de prendre en charge le « dossier parité ».

« Il existait au PS un non-respect flagrant de l’aspiration légitime des femmes d’être élues. Il planait l’idée qu’il n’y avait pas assez de candidates possibles, que les femmes n’étaient pas compétentes et qu’elles faisaient perdre ! »

En se penchant sur le mode de désignation interne au parti, Geneviève Couraud en comprend le fonctionnement : « C’est un jeu entre les fédérations et le national où, d’un côté comme de l’autre, il n’y a que des hommes. »

Elle doit alors se livrer à un véritable travail de fourmi, des jours et des nuits passés à examiner les 577 circonscriptions à la loupe, en allant à la pêche aux informations, aidée d’ailleurs par certains (peu nombreux !) en interne, car au parti, personne ne semble vouloir partager « le dossier ».

Au Congrès du Mans en 2005, François Hollande déclare qu’aux législatives de 2007 le PS présentera 50% de candidates et que 35% de circonscriptions gagnables seront réservées à des femmes. Les circonscriptions les plus favorables, au nombre de 20, sont celles dans lesquelles le sortant ne se représente pas.

Du cumul des mandats…

Et l’avenir ? « Le parti socialiste n’est pas exemplaire, et tant qu’il ne se bougera pas et ne prendra pas les décisions qui s’imposent… » Avec 0,2% de candidates de moins qu’aux législatives de 2007, la retenue pour non-respect de la parité (50%, à plus ou moins 2%), calculée sur la 1ère fraction de la dotation publique serait pour la 14e législature de 902 000 euros par an.

Geneviève Couraud retient deux messages de la campagne du candidat François Hollande :

« Le fil rouge des jeunes, c’est très, très important… Parce que ce que nous sommes en train de faire tous ensemble, c’est construire une autre société, une société qui tourne le dos aux stéréotypes sexistes et à ce qu’on appelle, d’une manière un peu grandiloquente, la domination masculine. Une république de l’égalité entre femmes et hommes, mais aussi entre tous les citoyens, et moi qui suis élue d’un secteur vraiment défavorisé, cela me tient tellement à cœur. J’étais d’ailleurs ravie que le portefeuille ministériel de notre ministre marseillaise Marie-Arlette Carlotti soit élargi à l’exclusion. »

Alors que s’est tenue les 9 et 10 juillet il y a peu la première conférence sociale réunie par le nouveau Président et son Premier ministre, Geneviève Couraud rappelle que l’égalité professionnelle et l’égalité salariale sont toutes deux des composantes essentielles.

Elle se plaît à citer François Clerc, syndicaliste CGT qui siège à ses côtés à l’Observatoire de la parité et dont les travaux ont permis à près de 4 000 salarié-e-s discriminé-e-s par leur entreprise « parce qu’ils-elles étaient responsables syndicaux, d’être rétablis dans leurs droits. La méthode Clerc est appliquée aux femmes et depuis quelques temps pour des critères d’origine ethnique, et ça marche ! ».

« Sauf que « à travail égal, salaire égal », cela peut concerner deux personnes très différentes qui font le même travail, un homme de 30 ans avec 5 ans d’expérience professionnelle dans l’entreprise et une femme de 55 ans qui elle en a 25 ; et donc c’est là que ça ne va pas du tout ! »

« La parité passe aussi par la lutte contre le cumul des mandats », nous dit Geneviève Couraud. « Il existe une espèce de nébuleuse constituée de tous ces élus qui cumulent les mandats politiques, qui dissuade les femmes notamment d’accéder aux fonctions politiques. La France est la championne toutes catégories du cumul des mandats : en Europe, en moyenne, entre 10 et 16% des élus cumulent des mandats, alors qu’en France les cumulards représentent 82% d’entre eux… »

Pour Geneviève Couraud c’est évident : « Quand on cumule des mandats on ne peut pas tout bien faire, donc on délègue à des personnes, souvent très professionnelles mais qui ne sont pas élues. On se trouve alors dans une situation où le suffrage des citoyens n’est pas respecté. Cela me gêne énormément et personne ne m’empêchera de le dire. Oui, les citoyens sont floués par le cumul des mandats ! »

Le harcèlement sexuel comme prise de conscience féministe

A la question « Comment êtes-vous devenue féministe ? », elle raconte comment, à l’issue des épreuves du Capes pratique de lettres, elle a été confrontée à une situation qui a fait basculer la perception de sa place dans la société. Jeune mère à l’époque, elle est reçue à sa demande en entretien individuel par l’inspecteur général des lettres, doyen de l’inspection générale.

Il lui précise d’emblée « que de l’issue de l’entretien dépendra sa mention, son poste et sa nomination », et poursuit en lui décrivant par le détail les tenues vestimentaires qu’elle avait portées pendant les trois jours de l’épreuve et l’effet qu’elles avaient produit sur lui… « Et tout d’un coup je comprends que je suis dans une situation que de ma vie je n’avais jamais imaginé vivre… Je comprends que je suis en danger. »

Voyant que cette jeune femme qui se tenait devant avait choisi de ne rien répondre, il lui déclare au bout d’un temps assez long qu’elle avait donc perdu sa mention avec les conséquences directes que cela allait avoir, notamment, sur le lieu de sa nomination. 

« Et là s’arrête le débat que j’avais imaginé être une discussion intellectuelle sur les prestations que j’avais pu faire pendant ces trois cours. On n’imagine pas le gouffre qui s’ouvre sous ses pas lorsqu’on arrive à cela. Les représentants syndicaux à qui j’ai essayé d’en parler m’ont très mal reçue. Je suis restée près de trente ans sans le raconter. Chaque fois que j’essayais d’en parler, personne ne semblait me croire. C’est pour cela que chaque fois qu’une femme parle d’événements similaires, de harcèlement sexuel, je sais ce qu’elle a vécu. Quand je suis entrée dans ce bureau, je n’étais pas féministe. Lorsque j’en suis sortie, je l’étais ! »

Elle rejoint par la suite, en 1973, à La Rose à Marseille, le MLAC où elle avait accompagné une amie voulant avorter. Elle est bouleversée par la parole de femmes âgées, venues accompagner leurs filles et racontant leurs expériences horribles d’avortements pratiqués seules et disant tout simplement « jamais plus pour nos filles ». Ensuite, tout vient de la prise de conscience du MLAC : l’entrée au parti socialiste, en 1978, avec ce désir de peser sur les événements « pour changer la vie » et la société. Puis, plus tard l’engagement au Planning familial, suite logique de cet engagement pour la liberté d’une femme à disposer de son corps.

« Le corps des femmes est politique, bien plus que celui des hommes. Tantôt l’outil d’une politique de relance de la natalité, tantôt l’outil de sa réduction. De tout temps et partout, il a été instrumentalisé. C’est pour cela qu’il ne faut rien lâcher ! C’est ce qui est terrible, il ne faut rien lâcher ! »

Carmen Avila – EGALITE