Témoignages De l’importance de la parité

Françoise Ramond, maire d'Epernon

Depuis mars 2001, je suis maire d’une petite ville de 5 300 habitants, Epernon, en Eure-et-Loir, et présidente d’une communauté de communes de 12 000 habitants, le Val Drouette.

J’ai été réélue pour ces deux mandats en 2008. La ville d’Epernon se situe en grande couronne parisienne. C’est une ville avec un quartier ancien et une zone d’activités de 3 500 emplois. La communauté de communes du Val Drouette, dont Epernon est la ville centre, réunit cinq communes et 12 000 habitants.

Actuellement à Epernon, nous avons 29 conseillers municipaux : quatorze femmes et quinze hommes. Soit un conseil municipal paritaire. Le bureau municipal comprend huit adjoints : quatre femmes, quatre hommes. Soit un exécutif paritaire.

La communauté de communes du Val Drouette comporte 28 conseillers, soit 17 hommes et seulement 11 femmes. Et cela bien que la commune d’Epernon ait désigné pour siéger au conseil communautaire cinq femmes parmi ses huit délégués communautaires. Le bureau du Val Drouette est composé de dix membres : cinq femmes, cinq hommes, soit un exécutif paritaire.

Sur la question de la démocratie paritaire, la commune d’Epernon et la communauté de communes du Val Drouette font figurent d’exception, en particulier concernant le strict respect de la parité dans les exécutifs. Cela m’a valu de recevoir, en mai 2011, la Marianne de la parité pour le département d’Eure-et-Loir, décernée par l’association Elles aussi (*).

Les Mariannes de la parité récompensent depuis 2009 les communes et intercommunalités particulièrement respectueuses de la parité.

« La richesse du partenariat avec les hommes »

La communauté du Val Drouette exerce comme compétences principales le développement économique, l’aménagement du territoire, les services à la population et en particulier la responsabilité des enfants et des jeunes de 0 à 25 ans.

Or, la parité, c’est-à-dire la présence des femmes pour moitié des délégué-e-s a de l’importance dans le choix et la façon d’exercer des compétences.

Le nombre conséquent de femmes dans le bureau et dans le conseil communautaire du Val Drouette n’est pas étranger au choix d’exercer d’une manière complète la compétence enfance-jeunesse (de la naissance à 25 ans). Nous avons en effet été la première communauté du département d’Eure-et-Loir à signer avec la Caisse d’allocations familiales des contrats Enfance et jeunesse intercommunaux, en vue d’améliorer l’accueil des enfants et jeunes de moins de 18 ans.

Avant d’être élue maire, j’ai été adjointe à l’information et communication entre 1995 et 2001. Cela m’avait familiarisée avec le monde des collectivités. Cela m’avait fait découvrir que beaucoup de femmes et d’hommes élus donnaient beaucoup d’eux-mêmes au service de leurs administré-e-s, que le discrédit sur la politique était particulièrement injuste.

Or, si je dois d’avoir accepté d’être candidate en 1995, c’est grâce aux témoignages d’élues qui m’ont encouragée et à l’activité de l’association Elles aussi. J’en ai été la présidente de 1997 à 2001.
Un de mes beaux souvenirs de présidente de cette association c’est un cycle de formation auquel j’ai participé de 1998 à 2000 en Albanie sur « l’engagement des femmes en politique ». Ces formations organisées dans le cadre d’un programme européen m’ont permis à mon tour, de témoigner, auprès de femmes albanaises, de l’importance de l’investissement en politique.

Je ne regrette pas ma candidature sur la liste d’un maire qui voyait lui aussi toute l’importance de la présence des femmes au sein des conseils municipaux. Le premier pas ayant été fait, les autres candidatures se sont enchaînées naturellement.

En mai 1991, Simone Gallion, maire d’un village en Haute-Marne et première présidente d’Elles aussi, affirmait :

« Je suis de plus en plus convaincue de l’importance de la présence des femmes dans les lieux de décisions. Je crois à la richesse du partenariat avec les hommes. En étant nous-mêmes, sans agressivité mais avec détermination. Il faut continuer d’encourager les femmes à oser accepter un mandat. Il faut soutenir les élues, car certaines au début de leur mandat disent les difficultés rencontrées pour se faire entendre et leur déception. »

Toutes ces années passées au service des habitant-e-s représentent beaucoup de travail et de temps passé à expliquer, communiquer, informer, consulter, se concerter. Mais aussi beaucoup de plaisir à convaincre, créer, innover, anticiper… avec des réussites que je partage avec tous mes collègues, femmes et hommes de la commune et de la communauté.

Françoise Ramond

 

(*) Créée en 1992, l’association « Elles aussi pour la parité dans les instances élues » est composée de l’Action catholique des femmes (association fondatrice), l’Alliance des Femmes (association fondatrice), Femmes d’Alsace (association fondatrice), Femmes et élues de la Manche, Grain de sel-rencontres (association fondatrice), Rien sans elles, FR-UFCS Ile de France, Femmes élues de la Loire, Femmes élues de l’Isère.