Altermondes Gloria Garcia, pour une banane sans cicatrice

Article publié dans Altermondes n°31 – septembre 2012 . 

 

Syndicaliste et militante depuis 26 ans, Gloria Garcia porte inlassablement, à travers le monde, la parole des travailleuses et travailleurs de la banane au Honduras, petit pays d’Amérique centrale souvent en marge de l’actualité.

« Dans les années 1980, le Honduras était le premier exportateur de bananes dans le monde. J’ai commencé à travailler pour l’entreprise Chiquita en 1986, j’avais 20 ans et déjà trois enfants », raconte-t-elle d’une voix flegmatique, visiblement habituée à débiter ces paroles d’introduction.

Le Honduras, malgré d’abondantes richesses naturelles, a cependant conservé un système latifundiste archaïque qui offre peu de perspectives. « Nous n’avons pas de terres, elles sont accaparées par les grands propriétaires terriens, souligne Gloria avant de préciser : « les meilleures terres sont détenues par les multinationales ». Le pays demeure en effet sous influence capitaliste états-uniennes.

Là où les droits du travail sont régulièrement bafoués, les syndicats apportent l’assurance d’une force collective de négociation. Lorsque Gloria commence à travailler dans la banane, SITRA-TERCO, le syndicat des travailleuses et travailleurs des plantations est le plus important du pays.

C’est notamment lui qui a mené la plus grande grève générale des travailleurs agricoles d’Amérique centrale, en 1954 (1). « Un combat exemplaire », pour Gloria, et mouvement clé de l’histoire sociale hondurienne. Deux mois après son embauche par Chiquita, elle se syndique. Son combat pour « une banane propre, sans cicatrice », c’est pourtant en tant que femme qu’elle va le façonner.

Au Honduras, les femmes sont bien moins nombreuses que les hommes à être syndiquées, alors même qu’elles sont victimes de harcèlement sexuel, licenciées lorsqu’elles tombent enceinte… Paradoxalement, reconnaît-elle, la banane les sauve : les producteurs de bananes sont parmi les seuls à embaucher les femmes ayant plus de 30 ans. « Nous n’avons pas d’autre option ».

Cela fait maintenant 18 ans que Gloria est dirigeante syndicale, un statut qui lui permet de défendre les droits des travailleuses et des travailleurs de la banane jusqu’en Europe. Car, si le combat syndical n’a pas perdu son sens au Honduras, le mouvement, lui, est considérablement affaibli, en proie aux stratégies belliqueuses des entreprises et à l’absence de régulation par le gouvernement hondurien.

Devenue représentante de COLSIBA, la coordination latino-américaine des travailleuses et travailleurs de la banane et autres produits agro-industriels qui rassemble 29 organisations syndicales réparties dans huit pays (2), le discours de Gloria s’est affûté.

A la fois responsable et altruiste, elle considère presque son militantisme comme un privilège à partager : « Le peu que j’ai, je dois le donner à celles et ceux qui ne sont pas protégés. Et ils sont nombreux », affirme-t-elle. En tournée en France pour appuyer la campagne du Juste Fruit portée par l’ONG Peuples Solidaires, elle interpelle les consommateurs sur l’impact de leurs achats sur les conditions de travail dans les plantations.

Faire respecter le droit du travail, assurer un salaire juste, briser la domination de la chaîne d’approvisionnement par les supermarchés, promouvoir un usage raisonnable des pesticides… les raisons de se mobiliser sont nombreuses, d’autant plus que les entreprises « parviennent à se blanchir en obtenant des certificats et des labels, même lorsqu’elles ne respectent pas la liberté syndicale ».

Miné par la corruption, le crime organisé et la pauvreté, le Honduras connaît depuis plusieurs années une situation tendue que le coup d’Etat de 2009 (3) et la « crise politique » qu’il a engendrée ne font que renforcer. Comme ses deux fils, aujourd’hui immigrés aux Etats-Unis, Gloria Garcia serait déjà partie si elle n’avait eu le courage de se dire : « C’est mon pays, je vais lutter ».

Aujourd’hui, elle s’engage dans une nouvelle bataille, au côté des femmes qui manifestent en soutien à Manuel Zelaya, le président déchu. Ensemble, au sein du Parti Libre, le bras politique de la Résistance, elles sont déterminées à prendre le pouvoir lors des prochaines élections de 2013. Toujours le besoin pour Gloria Garcia de se mobiliser pour celles et ceux qui n’ont rien.

 

Edouard de La Rochefordière – Altermondes

 

(1) Après les grèves, un régime démocratique est mis en place et le libéral Ramón Villeda Morales accède à la présidence de la République.

(2) En savoir plus : Colsiba.

(3) Le 28 juin 2009, l’armée hondurienne arrête et expulse au Costa Rica le président Manuel Zelaya, dont elle décrie le rapprochement avec la gauche anticapitaliste.