Chroniques La panthère fulmine

Verdict clément pour tournantes…

Je suis choquée. En colère. Plombée. Et surtout pessimiste.

Deux jeunes filles ont été victimes de tournantes pendant des mois dans les caves d’une cité. Lorsqu’elles osent enfin porter plainte, raconter l’indicible et affronter le regard de leurs bourreaux, elles se heurtent à une justice injuste qui fait de l’une une exagératrice, et de l’autre une affabulatrice…

Dix types sur les quatorze mis en examen pour viols répétés lors de tournantes dans une cité de Fontenay-sous-Bois sont libres à l’issue du procès qui vient de se tenir à huis-clos au tribunal de Créteil, et osent même réclamer des dommages et intérêts. Les quatre autres sont condamnés à des peines allant de trois ans avec sursis à un an ferme.
Pourquoi cette clémence ? Pas assez de preuves. Récits trop imprécis. Trop de temps a passé… Est-ce la faute des deux victimes si elles ont été paralysées par la peur au point de ne pouvoir porter plainte tout de suite ? Est-ce leur faute si l’instruction a pris une dizaine d’années ? On exige d’elles une mémoire parfaite de ces moments d’horreur. Elles devraient pouvoir témoigner, quasiment chroniquer, sur des événements traumatiques, décrire avec force détails des brutes dont les agissements sont à peine imaginables…

Alors, Mesdames, un conseil s’impose désormais. Tenez-le vous pour dit : si vous vous faites violer, et qui plus au cours de viols collectifs et répétés, photographiez bien vos violeurs : cela vous servira au cours du procès. Mais ce n’est pas sûr. Un détail vous manque et ils sont disculpés. Ne parlez d’ailleurs pas de tournantes : le mot est trivial, il fait banlieue, dites « viol en réunion ». L’image de la réunion, avec ce qu’elle évoque de messieurs en costard assis autour d’une table et de jolies secrétaires qui apportent le café et les photocopies, est infiniment plus raffinée, plus dans l’esprit du bien connu Carlton. Il évoque à peine plus qu’une banale main aux fesses…
Le ministère public a décidé de faire appel : un nouveau procès aura lieu à Créteil. Nina et Aurélie devront revivre ce cauchemar et tenter, dans ce qui ressemble à une horrible session de rattrapage, de convaincre que leurs violeurs sont bien des violeurs.

Mais ce procès a valeur symbolique pour les 75 000 femmes qui sont violées chaque année et qui doivent trouver l’énergie et le courage de porter plainte. Transformons notre colère en combat pour les soutenir, toutes, encore et encore.

Danielle Michel-Chich