Portraits Roselyne Bachelot : le parcours d’une femme sans peur et sans reproche de l’hémicycle à un plateau de télévision

Avec son franc sourire et son regard vif et perçant, Roselyne Bachelot est une femme hors normes.

Ses mandats de députée et de députée européenne, ses trois postes ministériels (à l’Environnement et le Développement Durable, à la Santé, la Jeunesse et les Sports et aux Solidarités et la Cohésion Sociale) et, entre autres, le porte-parolat de la campagne de Jacques Chirac en 2002, lui donnent un palmarès à faire pâlir d’envie plus d’un de ses camarades masculins.

Des bonnes fées et une personnalité atypique

Sa famille lui a donné le goût de la politique, le cadre intellectuel et moral aussi. Roselyne Bachelot a été élue en 1988 dans la circonscription jusque-là administrée par son père, Jean Narquin. Mais dans sa filiation, et dans son héritage, elle a aussi deux grand-mères étonnantes : l’une militante abolitionniste, et l’autre, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui se battait pour l’égalité des salaires dans l’usine d’armements où elle travaillait en 1914. Et une mère qui lui a mis dans les mains, dès l’âge de 12 ans, les livres de Virginia Woolf, de Betty Friedan et de Margaret Mead, ce qui lui a façonné fort jeune une « tête bien pleine » de références féministes. Pour caractériser les femmes de sa famille, Roselyne Bachelot a un mot qui en dit long : ce sont « des rebelles ».

Ajouter à cela un père qui lui donne le conseil inattendu de choisir, pour sa première élection, en 1982, un canton « difficile », à savoir tenu par un socialiste, afin de faire ses preuves par elle-même, et on comprendra mieux son parcours de battante. C’est d’ailleurs cette première élection difficile qui lui a valu la première remarque grossièrement sexiste de son camp : « si on avait su qu’on pouvait emporter ce canton, on aurait envoyé un homme ! » a déclaré un vieux conseiller général du Maine-et-Loire. Ce sexisme aussi lui a mis le mors aux dents, si c’était encore nécessaire…

Un parcours politique exceptionnel

Après cette première élection cantonale, elle n’a plus quitté le ring politique. Roselyne Bachelot ne cache pas ce qui l’a fait avancer pendant toutes ces années. « La politique, c’est dur », déclare-t-elle, « mais c’est aussi comme une drogue dure, un alcool fort ! ». Ces mots sans détours, pleins d’humour dans la bouche d’une ancienne ministre de la Santé, explique l’extrême ténacité au travail, l’énergie pour surmonter les erreurs et le courage pour encaisser les coups.

En filigrane, toujours, on trouve une conviction : préférer se battre pour ceux qui en ont besoin et dont les combats ne font pas l’unanimité. D’où les luttes contre les discriminations qu’elle a toujours menées, le handicap, la dépendance, la vieillesse, l’autisme, les inégalités hommes/femmes, parfois dans une certaine solitude. Comment ne pas rappeler qu’elle a été seule de son camp à défendre et à voter la loi instaurant le PACS à l’Assemblée nationale ?

Elle dit avoir encaissé bien des réflexions sexistes destinées à la déstabiliser : les places au soleil sont chères en politique et les hommes n’aiment guère se les faire prendre par des femmes. Dans les souvenirs de ces moments difficiles où les hommes n’ont pas montré leur visage le plus élégant, elle n’oublie pas ses camarades femmes de tous bords. Aujourd’hui, les hommes politiques sont un peu plus « résignés » à la présence des femmes à leurs côtés, dit-elle. En tous cas, la virulence blessante, voire méchante, dont ils faisaient preuve il y a quelques années encore cède le pas à une grossièreté de potaches. Néanmoins, les femmes ne sont toujours pas des hommes politiques comme les autres…

Aujourd’hui, elle n’est plus aux affaires mais entend bien continuer à se battre pour la situation des femmes, considérant que, malgré les énormes progrès enregistrés, on note aussi des régressions, même dans des pays occidentaux.

Elle a d’ailleurs tenu à assurer Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes, de son soutien, si besoin était, dès sa nomination. « Ici, nous sommes un îlot dans un océan de souffrances et d’injustices » dit-elle pour justifier la nécessité de poursuivre les combats féministes.

Une liberté  personnelle hors des sentiers battus

Depuis qu’elle a choisi de mettre un terme à sa carrière politique, elle suscite l’étonnement, mais aussi  l’admiration et l’envie dans son propre camp. Les hommes politiques sont perplexes devant cette retraite volontaire : pour eux, qui ont un « fonctionnement linéaire », arrêter sa carrière signifie la fin de la vie tout court tandis que le fonctionnement circadien des femmes, cette habitude millénaire de la transmission, leur permet de passer aisément à de nouveaux chapitres de la vie.

Aujourd’hui, elle fait de la télévision, des chroniques, travaille à un livre sur Verdi, et poursuit une réflexion intellectuelle permanente.

Travailler, avancer, se battre, défendre : les maître-mots d’une femme toujours en mouvement…

 

Danielle Michel-Chich – EGALITE