Tribunes La gestation pour autrui : un enfant à tout prix ?

echographie-enceinte-800Femmes morcelées

Une Gestation Pour Autrui (GPA) réussie nécessite en moyenne 3 transferts d’embryons avec à chaque fois,  2 embryons transférés. D’où une moyenne de deux fausses couches par femme gestatrice, et un grand nombre de grossesses gémellaires.

Or, si les risques pour les mères porteuses sont limités par un suivi médical très poussé et par une sélection attentive des candidates à la gestation, reste les risques inhérents à toute grossesse : fausse couche, grossesse extra-utérine, poussée hypertensive, diabète gestationnel, hémorragie, césarienne, douleur et suites de l’accouchement.

En ce qui concerne le défraiement des femmes gestatrices, les principales associations militant pour la légalisation de la GPA préfèrent parler d’indemnisation de la gestatrice plutôt que de salaire. Ce qui écarterait toute connotation commerciale suspecte du point de vue éthique. Il faut dire que l’exemple de l’Inde est édifiant : les femmes pauvres louent leur ventre à un prix qui les sort momentanément de la misère si elles mènent la grossesse à terme. Dans d’autres pays, la GPA se fait sous contrat et les femmes gestatrices sont sélectionnées selon des critères précis : femme en bonne santé physique et psychologique, ayant déjà mis au monde un enfant.

Une appropriation du corps des femmes

Mais comment parler de bonne santé psychologique alors que la GPA induit une chosification et un morcellement du corps pas forcément bon pour le psychisme.

« La grossesse n’est pas un simple portage, c’est une expérience fondamentale qui façonne les deux protagonistes : la future mère et l’enfant en gestation » déclarent Caroline Eliacheff et René Frydman (1). Sans entrer dans les polémiques des psychanalystes, concernant les échanges entre la mère et l’enfant in utéro, il est indéniable qu’une grossesse engage l’ensemble du corps et du psychisme de la femme et n’est pas sans effet sur l’environnement de la gestatrice, compagnon et enfants. Les enfants verront leur mère porter un enfant puis « l’aban-donner ».

La contraception et l’IVG ont permis aux femmes de s’affranchir de leur fonction de mammifère reproductrice. Femme sans être mère, un choix très minoritaire en France, mais pas en Allemagne.

Pour autant, la pression sociale, morale ou religieuse qui assigne les femmes à leur fonction maternelle est encore très prégnante et pèse sur les couples infertiles.

C’est ainsi que la GPA vient renforcer l’image de la femme reproductrice, altruiste, capable de mettre sa vie en jeu pour le bonheur des autres. Nous sommes bien loin de l’émancipation de la femme.

Et si la famille reste la cellule de base de notre société, force est de constater qu’elle a évolué. Les familles recomposées ou avec enfants adoptés ont fait bouger les lignes : parenté (génétique) et parentalité (fonction parentale) sont dissociées. Or, la majeure partie des couples demandeurs de GPA veulent un enfant issu de leurs gènes. Faire peser le primat du génétique sur la famille n’est pas un progrès sociétal ni une avancée des valeurs humanistes.

L’un des points de clivage dans le débat politique, est de savoir si l’on peut moraliser, réguler le marché ou s’il y a des domaines qui doivent être exclus du marché. Or, l’ouverture du marché à la fonction reproductive signifierait la légalisation du commerce du ventre des femmes. Encadrer la pratique de la GPA pour prévenir les abus de notre société néo libérale c’est déjà accepter que des contrats commerciaux se fassent sur le corps des femmes.

Il ne s’agit pas de nier la souffrance psychique des personnes qui ne peuvent pas avoir d’enfant génétique. Mais il ne s’agit pas non plus d’oublier, que l’être humain a de grandes capacités de résilience des souffrances psychiques et est capable de sublimer ses frustrations.

Il s’agit aujourd’hui de faciliter les procédures d’adoption et de reconnaître l’homoparentalité. Il s’agit de légaliser en France la vitrification des ovocytes (2). Mais il s’agit aussi de s’attaquer aux épanchements de substances chimiques dans notre environnement, cause majeure des infertilités.

 

Arlette Zilberg, ancienne responsable de la commission féminisme des Verts, animatrice du réseau Femm’Ecolos, ancienne adjointe au maire du 20ème arrondissement de Paris, chargée de la petite enfance

1 www.paperblog.fr/…/meres-porteuses-a-quel-prix-caroline-eliacheff-rene-frydman/

2 rapport parlementaire sur  la recherche sur les cellules souches d’Alain Claeys, député PS et Jean Sébastien Vialatte, député UMP. Juillet 2010.

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